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Communication de Son Excellence Monsieur Amadou Toumani TOURE, Président de la République, Chef de l’Etat, aux Journées Européennes de Développement de Strasbourg
Thème : Demain 2015, Gouvernance locale et Coopération décentralisée, quel rôle pour les Collectivités territoriales (Strasbourg, 15 / 17 novembre 2008)

   

Mesdames, Messieurs les Chefs d’Etat et de Gouvernement ;

Monsieur le Premier Ministre de la France ;

Monsieur le Secrétaire Général de l’Organisation Internationale de la Francophonie ;

Mesdames, Messieurs, les Ministres ;

Monsieur le Président de la Commission Européenne ;

Monsieur le Commissaire au Développement et à l’Action Humanitaire ;

Mesdames, Messieurs, les Commissaires ;

Honorables Parlementaires,

Mesdames, Messieurs,

Je tiens tout d’abord à remercier le Maire de la Ville de Strasbourg, le Président de la Région Alsace et le Gouvernement français pour l’accueil et leur hospitalité.

Je félicite également le Conseil Européen et la Présidence française en exercice, pour les succès obtenus depuis le début de son mandat.

Je veux témoigner toute ma gratitude à la Commission de m’avoir offert l’opportunité de participer pour la seconde fois aux assises des Journées Européennes du Développement.

Ces Journées ont toujours constitué une plateforme de qualité pour débattre des grandes problématiques de la Coopération au Développement et lancer de nouvelles initiatives.

Je disais à l’occasion des Premières Journées organisées à Bruxelles les 15 et 16 novembre 2006 que le Mali est une vieille terre de tradition qui, dans son évolution, a expérimenté des formes plus ou moins avancées de démocratie, en rappelant le cas de l’Empire du Mali au 13ème Siècle, qui avait établi une Charte dite de KOUROUKAN FOUGA, du nom du site où ses constituants d’un autre temps s’étaient réunis pour :

- Fixer l’organisation et le fonctionnement des pouvoirs publics,
- Définir les Droits Humains et les libertés publiques,
- et organiser la protection des activités professionnelles, des personnes et de leurs biens.

Cette référence à une Epoque quelque peu lointaine, montre que la démocratie qui est intimement liée au processus de décentralisation, n’est pas un concept abstrait dans les traditions historiques et culturelles de notre pays.

Les dirigeants de l’Epoque prônaient déjà des idées très libérales sur la possibilité pour tout citoyen qui le désire d’exercer sans restriction des activités de commerce, de production agricole, de chasse et de pêche.

Le processus de décentralisation amorcé sous le régime colonial et surtout, au cours des premières années qui ont suivi l’accession à l’indépendance du Mali en 1960, à travers la création de communes, de moyen puis de plein exercice s’est accentué dans les années 90 avec l’avènement de la démocratie pluraliste.

La décentralisation est, de nos jours, un processus essentiel et inéluctable dans nos pays et le Mali s’y est résolument engagé. En effet, force est de constater que :

- la promotion de la gouvernance démocratique et des libertés publiques, va de pair avec le processus de décentralisation ;
- Le combat pour l’atteinte des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) ne peut être gagné par la concentration des pouvoirs de décision au seul sommet.
- L’ampleur des chocs exogènes subis et l’évolution non maîtrisée des prix des produits de base, singulièrement le coton, tirent nos économies vers le bas et exigent de ce fait des efforts de tous ;
- L’évolution démographique et l’urbanisation galopante, du fait de l’exode rural, constituent aujourd’hui des éléments additionnels de préoccupation à prendre en compte ;
- C’est pourquoi, la décentralisation est perçue au Mali comme un facteur incomparable de cohésion sociale, de paix, de sécurité et de stabilité.

Pour nous, la décentralisation est l’épine dorsale du processus de démocratisation au Mali.

Les approches originales de décentralisation, conçues et mises en œuvre par le Mali, s’appuient sur les facteurs suivants :

• Le socle d’une volonté politique en harmonie avec la conviction que la décentralisation ne peut être réussie sans la déconcentration par étapes successives, en rapport avec les ressources humaines et financières disponibles, en vue d’une croissance forte et d’une meilleure redistribution des richesses ;

• L’élaboration et la mise en œuvre de réformes conséquentes en vue d’améliorer la gouvernance économique ;

• L’accompagnement financier et technique de l’Union Européenne et d’autres Partenaires au Développement.

L’ensemble de nos partenaires ont aidé le Mali à procéder à la mise en place du Projet d’Appui à la Réforme Administrative (PARAD) et du Programme de Développement Institutionnel (PDI), tous deux destinés à l’amélioration de la gouvernance économique, pour une meilleure organisation de l’Etat et la modernisation de son administration en renforçant les capacités de celle-ci.

C’est ainsi qu’à cette date, le Mali compte 703 communes urbaines et rurales, 49 Cercles, 8 régions et 01 district qui sont administrés par des Conseils Communaux, des Conseils de Cercle et des Assemblées Régionales.

Un Haut Conseil des Collectivités Territoriales a été créé pour assurer la représentation nationale de nos entités décentralisées.

D’intenses efforts sont déployés avec l’appui de l’Union Européenne et d’autres Partenaires au Développement pour l’amélioration de l’exercice par l’Etat de ses pouvoirs régaliens afin de sécuriser les citoyens et leurs biens et une meilleure offre de service de qualité par l’Administration.

• La mise en place d’un instrument financier tout aussi original qu’adapté au cadre d’intervention comme l’Agence Nationale d’Investissement des Collectivités Territoriales (ANICT).

Les programmes de développement mis en œuvre par le truchement de l’ANICT ont permis en cinq ans de doter les Collectivités d’équipements répondant à leurs besoins. C’est ainsi que 3.500 projets ont été financés et réceptionnés par l’ANICT.

Ces concours financiers ont favorisé des activités génératrices de revenus, la création de micro entreprises dans de nombreuses localités, rendant ainsi la décentralisation politiquement et économiquement irréversible.

En outre, le Mali a décidé d’expérimenter la possibilité d’atteindre les OMD en les localisant sur une échelle plus réduite avec un échantillon constitué de 166 communes les plus vulnérables aux crises alimentaires.

Ces communes regroupent 2.855 villages. Cette initiative novatrice vise à relever le défi du retard accusé dans la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement.

Dans la mesure où toutes les communes des Régions de Tombouctou, Gao et Kidal sont couvertes, cette initiative devrait contribuer à la consolidation de la paix et de la sécurité dans le Nord Mali, en accélérant la dynamique d’appropriation des OMD par les populations bénéficiaires.

Mais cette expérience ne fait que débuter.

Mesdames, Messieurs,

Qu’il me soit permis de saluer la qualité de l’accompagnement de la Commission Européenne, de concert avec les Etats membres.

L’Union Européenne a, en effet, fait preuve de beaucoup de pragmatisme et d’imagination avec la formule d’appui budgétaire général comme sectoriel en adaptant ces concours aux circonstances complexes du terrain des Collectivités Territoriales.

Cette approche a, dans une large mesure, contribué au succès des actions de financement de l’ANICT, devenu aujourd’hui, un outil exemplaire au service du développement des Collectivités Territoriales, en assurant la fluidité des opérations, leur appropriation par les acteurs locaux et la sécurisation des fonds provenant des ressources d’aide, comme des ressources internes et en garantissant la sécurisation des fonds.

Mais, toutes ces performances ne doivent pas occulter les problèmes liés à la fragilité des structures en place et des difficultés inhérentes aux transferts effectifs de ressources financières et des compétences en ressources humaines, ainsi qu’à l’indispensable création de ressources financières locales autonomes, par la génération d’activités économiques et d’une fiscalité locale.

Aussi, le Gouvernement du Mali s’atèle t-il aujourd’hui à la phase de consolidation du processus de décentralisation.

Cette ambition est au centre des priorités du Cadre Stratégique pour la Croissance et la Réduction de la Pauvreté et du Projet pour le Développement Economique et Social, dont la mise en œuvre s’appuiera sur les efforts budgétaires internes, l’accompagnement de l’Union Européenne et d’autres Partenaires au Développement.

Fort heureusement, cette phase de consolidation coïncide avec le début de mise en œuvre du 10ème FED, avec des ressources accrues, incluant la formule de tranche incitative qui met l’accent sur le rôle essentiel de l’amélioration de la gouvernance, en lui réservant une part pouvant atteindre le tiers de l’enveloppe globale des Programmes indicatifs Nationaux et des Programmes indicatifs Régionaux.

En cohérence avec ses choix, le Gouvernement du Mali a retenu dans tous les FED successifs (8ème, 9ème et 10ème), la décentralisation au nombre des deux principaux secteurs de concentration de l’aide de I’Union Européenne, le second secteur étant celui des transports en vue de favoriser le désenclavement intérieur et extérieur du pays.

Les efforts déployés visent à combler l’insuffisance persistante en matière de ressources humaines et financières des Collectivités Territoriales et à mettre en place une fiscalité locale appropriée.

Dans les trois secteurs de déconcentration que sont l’Education, la Santé et l’Eau, c’est celui de l’Eau qui a enregistré le plus d’avancées à ce stade, permettant d’envisager l’atteinte des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD).

Il nous faut redoubler d’efforts dans les secteurs de l’Education et de la Santé.

La Politique Décentralisée de l’Education, qui se met en place progressivement, fait qu’aujourd’hui, le Premier Cycle de l’Enseignement Fondamental (Primaire) est géré par le Conseil Communal, le Second Cycle (Niveau Collège) par le Conseil de Cercle et le Secondaire par l’Assemblée Régionale (construction de salles de classe, recrutement d’enseignants).

La principale leçon que nous tirons de notre expérience est d’abord que le processus de décentralisation nécessite véritablement des actions de longue haleine, qui ne peuvent se mettre en place que progressivement.

Je ne saurais terminer sans dire un mot sur les crises actuelles qui confirment la nécessité de bâtir une nouvelle architecture financière mondiale, en impliquant non seulement les pays émergents, mais aussi l’Afrique en vue d’un meilleur équilibre entre le monde industrialisé et le monde en développement.

Une chose est sûre, c’est la fin de l’argent facile. Le capitalisme financier ultra spéculatif n’a plus droit de cité.

Nous assistons à la revanche de l’économie réelle qui suppose un investissement productif ; et sur ce plan, nos pays ont des opportunités à saisir.

L’Afrique offre la rentabilité la plus élevée au monde pour les investisseurs : 31% en 2007.

Je vous remercie de votre aimable attention !

 
© Equipe de Développement du Site de Koulouba - 2009