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Discours de Son Excellence Monsieur Amadou Toumani TOURE Président de la République, Chef de l’Etat, au « Colloque de l’Union Européenne sur Culture et Création, Facteurs de Développement » (Bruxelles, 2-3 Avril 2009)

   

Excellences, Messieurs les Chefs d’Etat,

Monsieur le Commissaire chargé du Développement et de l’Action Humanitaire, mon cher ami Louis Michel,

Mesdames, Messieurs les Ministres,

Mesdames, Messieurs les Responsables des Institutions Culturelles,

Mesdames, Messieurs les Professionnels de la Culture,

Distingués Invités,

Mesdames, Messieurs,

C’est pour moi, à la fois, un immense plaisir et un insigne honneur de venir à Bruxelles, siège de la Commission de l’Union Européenne, pour répondre à l’invitation que mon ami Louis Michel, a bien voulu m’adresser pour prendre part aux assises du colloque sur le thème Culture et Création, Facteurs de Développement .

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SEM Amadou Toumani TOURE, Président de la République, Chef de l’Etat
Photo Présidence de la République du Mali

Nous arrivons à Bruxelles seulement deux semaines après la signature des Conventions de Coopération Mali-Union Européenne dans le cadre du 10ème FED.

J’ai tenu à présider personnellement cet événement et je rappelle qu’une de ces Conventions de financement porte sur l’appui au développement des secteurs culturels, pour un montant de près de 5 millions d’Euros, soit plus de 3 milliards de FCFA.

L’objectif visé, en l’occurrence, est de mettre en valeur les potentialités de la culture et d’optimiser la part de celle-ci dans le développement économique du Mali.

Le Mali ne remerciera jamais assez l’Union Européenne pour l’intérêt fondé sur l’amitié et la générosité, qu’elle porte sur son développement et surtout pour la part importante qu’elle y prend.

J’exprime, en cette occasion opportune, toute notre reconnaissance à la Commission, au Parlement et à toutes instances qui participent activement à la consolidation des relations Union Européenne/Afrique-Caraïbes-Pacifique.

Mesdames, Messieurs,

Vous nous avez convié à engager ensemble la réflexion sur le rôle et la place de la culture dans le processus du développement. Sur le continent africain, ce sujet est au cœur d’un débat qui intéresse les politiques, les chercheurs et les hommes de culture depuis les indépendances. Il est encore loin d’être épuisé.

Le thème a une résonance particulière pour le Mali, terre de traditions multiséculaires, terre du mythe et de la légende, situé au cœur du pays que les Anciens appelaient le Bafour, zone couvrant toute l’Afrique Occidentale par opposition au Darfour, zone correspondant à l’Afrique Orientale.

Du temps de nos Grands Empires, tous les cycles de prospérité ont coïncidé avec le renouveau des différentes formes d’expression culturelle.

Les Empires du Ghana, du Mali, du Songhoï, du Macina et bien d’autres illustrent à merveille nos propos. Pendant plusieurs décennies, les villes Historiques de Oualata, Aoudaghost, Koumbi Saleh, Niani, Gao, Tombouctou, Djenné, pour ne citer que les plus emblématiques, ont émerveillé les visiteurs par leur faste et leur splendeur.

La renommée de leurs érudits, la qualité de l’enseignement dispensé dans leurs universités, la beauté de leurs œuvres d’art ainsi que de leur architecture ont constitué des références et inspiré au-delà de leurs frontières.

Mesdames, Messieurs,

Il ne s’agit point, pour moi, de me livrer à une évocation nostalgique de notre passé, mais d’affirmer d’une voix forte que la culture, hier comme aujourd’hui, reste la lumière qui éclaire notre marche vers le progrès économique, social, scientifique et technique.

A titre d’illustration, je citerai un exemple que je tiens de l’écrivain malien Amadou Hampaté BA, je cite :

Au début de ce Siècle (le 20ème Siècle), l’ingénieur Bélime, alors Directeur des Services Agricoles du « Haut Niger-Sénégal », actuel Mali, se livra à des recherches en vue de mettre en valeur le cours moyen du fleuve Niger…

… Soucieux de ne négliger aucun élément susceptible de l’aider à réaliser son projet, il eut l’Intelligence de se mettre à l’école de tous les récits traditionnels, mythes et légendes concernant les cours d’eau de cette Région.

… C’est ainsi qu’il découvrit le périple légendaire de Thianaba, le python mythique des Peuls, divinité protectrice du bétail, connu dans le Mandé sous le nom de Ninki Nanka, et chez les Markas sous le nom de Bida.

… Après avoir recensé tous les noms de villages ou lieux de campement où le python mythique se serait arrêté au cours de son long voyage, Bélime eut la surprise de découvrir que le tracé de ce cheminement révélait très exactement l’ancien lit du fleuve. Il s’en inspira pour réaliser le tracé du « Canal du Sahel » . Fin de citation.

Je précise que l’ouvrage a été réalisé en Zone Office du Niger et qu’il constitue un bel exemple d’utilisation intelligente des connaissances transmises par les Anciens à travers le langage du mythe.

On pourrait ajouter ceci : vouloir étudier l’Afrique en rejetant les mythes, contes et légendes qui véhiculent tout un savoir reviendrait à vouloir étudier l’Homme à partir d’un squelette dépouillé de chair, de nerf et de sang.

Au Mali, la culture assure aussi un rôle essentiel de régulation sociale et de médiation. Le Sinankouya ou la parenté à plaisanterie, contribue à l’apaisement des relations sociales et humaines.

Sans considération d’âge, de sexe, de religion, de capacité financière ou physique, cette tradition ancestrale instaure entre deux noms ou deux ethnies des obligations de comportement, d’action et d’acceptation de l’un envers l’autre , résume brillamment un auteur malien qui vient de consacrer un ouvrage au sujet.

En parlant du Sinankouya , on ne peut taire le rôle du griot, le maître incontesté de la parole, dont les récits permettent de génération en génération, de mieux connaître notre histoire à travers les épopées et d’appréhender le sens profond de nos pratiques sociales et culturelles, parmi lesquelles je retiens aussi le Jatigiya (Hospitalité en langue bamanan) qui se caractérise par la chaleur de l’accueil et les marques d’attention diverses à l’endroit de l’étranger.

Les personnes âgées jouent également un rôle important dans la transmission des connaissances. Ce privilège de l’âge est illustré par la célèbre formule de Amadou Hampaté BA : En Afrique, lorsqu’un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle .

Mesdames, Messieurs,

Le riche patrimoine culturel de mon pays se reflète dans des manifestations telle la Biennale Artistique et Culturelle qui rassemble tous les deux ans les jeunes du Mali et les hommes de culture, de Kayes à Kidal.

Ce brassage est un facteur important de cohésion nationale. La dernière édition de la Biennale, organisée en décembre 2008, a vu la participation des Maliens vivant en France.

Leur prestation, à travers chants et danses, nous a permis de mesurer leur attachement à la culture des origines, y compris les enfants des deuxième et troisième générations, dont certains découvraient pour la première fois le Mali.

Je tiens aussi à mentionner d’autres rendez-vous culturels qui attirent au-delà de nos frontières. Il s’agit des Festivals du Désert d’Essakane et d’Anderanboukane, dans les Régions de Tombouctou et de Gao, du Festival sur le Niger à Ségou, du Djinè Dogon, grand rassemblement culturel au Pays Dogon dans la Région de Mopti.

Le Mali est également partie prenante à des événements culturels dédiés au bon voisinage et à la valorisation d’héritages culturels en partage avec les pays frontaliers.

A l’image du Triangle du Balafon , qui regroupe tous les ans à Sikasso les instrumentistes venus de Côte d’Ivoire et du Burkina Faso et appartenant tous à l’aire culturelle Senoufo, un groupe ethnique peuplant nos trois pays.

Ces différents festivals sont suivis par des milliers de touristes dont la présence bénéficie aux secteurs d’activités comme l’hôtellerie, la restauration et l’artisanat.

Comment évoquer nos atouts au plan culturel sans parler de nos artistes de renom ? Je veux nommer Salif KEITA, Oumou SANGARE, feu Ali Farka TOURE qui reste à ce jour le seul africain à avoir obtenu deux Grammy Awards, le second ayant été gagné avec Toumani DIABATE.

Toumani Diabaté est célébré aux quatre coins du Monde pour sa Science de la Kora. Je n’oublie pas Amadou et Mariam auteurs de l’album à succès le dimanche à Bamako ou Rokia TRAORE, récente Lauréate des Victoires de la Musique en France. La liste n’est pas exhaustive.

Au niveau Sous-régional, on peut saluer le Festival Panafricain du Cinéma de Ouagadougou - FESPACO, qui vient de célébrer ses 40 ans et le Marché des Arts et du Spectacle Africains d’Abidjan (MASA), qui sont des événements majeurs pour le 7ème Art africain et les spectacles vivants.

Là 3ème Edition du Festival Mondial des Arts Nègres, prévu à Dakar en décembre prochain, sera aussi un rendez-vous culturel majeur pour notre continent et pour tous les Noirs de la Diaspora.

Mesdames, Messieurs,

Des statistiques économiques pointues restent à faire pour évaluer l’apport, pourtant bien réel, de la culture à notre développement économique.

Les estimations dont nous disposons font état de plus de 100 000 emplois dans le secteur de la culture, pour un apport de l’ordre de 2,38% du PIB en 2006.

L’émergence de véritables industries culturelles, créatrices de richesses pour les artistes et pour l’Etat, reste notre grande ambition. Cet objectif est en bonne place dans nos politiques publiques. Il nécessite aussi la mobilisation du Secteur Privé dans le cadre d’une synergie des efforts.

Dans la mise en œuvre de ce vaste projet de développement culturel, nous savons aussi pouvoir compter sur l’accompagnement de l’Union Européenne. La culture est un volet à part entière de l’Accord de Cotonou qui régit la Coopération UE-ACP.

Cet engagement est renforcé par l’Agenda Européen pour la Culture, lancé en 2007, et qui propose notamment l’intégration systématique de la dimension culturelle dans l’ensemble des politiques publiques, projets et programmes en matière des relations extérieures et de développement.

L’organisation de ce colloque international nous offre donc l’occasion d’élaborer une vision partagée des défis culturels et des réponses à leur apporter.

C’est le lieu de souligner notre convergence de vues avec les pays membres de l’Union Européenne tout au long de la bataille pour l’adoption de la Convention de l’UNESCO pour la diversité des expressions culturelles.

Comme vous, notre conviction est que nous ne pouvons pas nous confiner seulement à la satisfaction de nos besoins matériels. Nous avons tout aussi besoin de biens immatériels que sont les valeurs que nous tirons de la culture et de l’éducation.

Un proverbe malien résume cette vérité en ces termes : si tu ne sais pas d’où tu viens, tu ne sauras jamais où tu vas !

Excellences Mesdames, Messieurs,

En Afrique, peut-être plus qu’ailleurs, le passé est contenu dans le présent. Il en est la sève nourricière. Aussi, la connaissance et la sauvegarde des trésors du passé nous aideront-elles non seulement à mieux comprendre le présent et à l’aménager pour le bonheur des hommes, mais aussi à apporter notre contribution au grand rendez-vous du donner et du recevoir.

Je vous remercie de votre aimable attention !

 
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