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Sommet de l’Union africaine : RETOUR AU REALISME ?

   

Les chefs d’Etat avaient promis de prendre la mesure de ces défis et de se consacrer davantage au développement du continent La réunion de Syrte va tenter de définir la voie pour avancer vers l’autosuffisance alimentaire des populations du continent

Le treizième sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine s’est ouvert hier au complexe Ouagadougou de Syrte en Lybie en présence de nombreux chefs d’Etat et de gouvernement africains dont le président de la République Amadou Toumani Touré et des invités de marque, notamment le président Lula Da Silva du Brésil et l’émir du Qatar, Khalifa Ibn Ahmad al-Thani.
Ce 13è sommet pourrait constituer un tournant majeur dans la vie de l’Union. En effet on se souvient que lors du dernier sommet de l’organisation panafricaine à Addis Abeba, les chefs d’Etats africains avaient tiré la sonnette d’alarme sur la pauvreté dans le continent. « Il faut que nous redéfinissions nos priorités pour nous consacrer au développement de nos économies pour nous libérer de la honte qui est la nôtre d’être le continent le plus pauvre du monde », avait alors déclaré le chef de l’Etat tanzanien, Jakaya Kikwete à la clôture du dernier sommet de l’organisation panafricaine. La rencontre s’alarmait, des répercussions - humaines, sociales, économiques - de la crise économique mondiale sur le continent le plus pauvre de la planète.

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Les chefs d’Etat avaient promis de prendre la mesure de ces défis et de se consacrer davantage au développement du continent
Photo AMAP

Il est maintenant clair que l’économie mondiale subit une crise profonde. Chaque semaine, le pronostic s’aggrave. Dans ce climat de crise, nombre de pays du continent redoutent une baisse de l’aide internationale à l’Afrique, vitale pour certains projets de développement. Au même moment, les économies et les populations africaines subissent de plein fouet les conséquences de crises dont elles ne sont nullement responsables.
Si l’Afrique a conservé une croissance globale relativement robuste de 5,4% en 2008, celle-ci est néanmoins en baisse de 1,5 point par rapport à l’année précédente et 2009 ne s’annonce pas sous les meilleurs auspices, selon la Banque mondiale (BM). La crise financière de l’année dernière est devenue une crise économique, et maintenant une crise de l’emploi et dans les mois à venir, elle va carrément se transformer, pour de nombreux pays au sud du Sahara, en une crise humaine caractérisée par la pauvreté, la famine et la malnutrition, du fait de la hausse des prix du pétrole et des produits alimentaires.

UNE TÂCHE IMMENSE

Les chefs d’Etat avaient promis de prendre la mesure de ces défis et de se consacrer davantage au développement du continent. D’où la pertinence du thème de ce treizième sommet : "Investir dans l’agriculture pour la croissance économique et la sécurité alimentaire". Autrement dit “comment faire pour que l’Afrique puisse se nourrir ? ”
Voila une question substantielle et imminente à laquelle les chefs d’Etat africains, à l’issue de trois jours de débats, devraient apporter une esquisse de réponse à défaut d’une solution toute faite. La réunion de Syrte va, dans ce contexte, tenter de définir des voies pour avancer vers l’autosuffisance alimentaire. Le défi est ambitieux, la tâche tout autant immense et complexe. Car malgré des progrès technologiques considérables dans les domaines de l’agro-industrie, les Africains, connaissant toujours l’angoisse de la faim, sont encore beaucoup trop nombreux. C’est dans cette conjoncture difficile que s’est ouvert le 13è sommet. La décision de le délocaliser a été prise le 18 mai passé, lors d’une réunion du comité des représentants permanents au siège de l’UA à Addis-Abeba. Le sommet devait initialement se tenir à Madagascar, mais ce pays a été suspendu à cause de la crise politique qu’il traverse et du changement anticonstitutionnel de pouvoir intervenu cette année.
Le président de la Commission de l’Union a exposé l’ampleur du défi à l’ouverture du sommet, car depuis l’adoption des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) en septembre 2000, la lutte contre la pauvreté figure en tête des priorités sur l’agenda global du développement. Faire diminuer de moitié le nombre des victimes de la faim : c’est possible. A condition d’adopter des réformes politiques, d’installer des conditions favorables, de prendre des mesures visant à accroître la productivité des agriculteurs en situation alimentaire précaire, améliorer la nutrition de ceux qui sont vulnérables et exposés à la faim de façon chronique, réduire la vulnérabilité de ceux qui connaissent le stade extrême de la faim grâce à des systèmes de protection de la production, accroître les revenus des pauvres et faire en sorte que les marchés soient organisés de telle manière qu’ils puissent, eux aussi, en profiter.

REDUIRE LA FAIM CHRONIQUE

Les mesures pour améliorer la productivité agricole et réduire la faim chronique coûteront en moyenne quelque 5 à 8% du total des coûts de la réalisation des ODM dans cinq pays à bas revenus, en prenant comme éléments de comparaison les investissements nécessaires dans l’éducation (16%), la santé (25%), l’énergie (15%) et les routes (18%).
Principal employeur et première source du revenu national et des salaires dans de nombreux pays en développement, l’agriculture est centrale pour stimuler une croissance pro-pauvre. Une croissance dans ce secteur valorise les deux avoirs clés des populations pauvres - les terres et la main d’œuvre - et revitalise l’économie dans les régions rurales où vit la majorité de la population pauvre. Une telle croissance, plus spécialement si elle se fonde sur une productivité accrue, atténue la pauvreté en réduisant et en stabilisant le prix des aliments, en améliorant la situation de l’emploi pour les communautés rurales pauvres, en augmentant la demande de biens de consommation et de services et en stimulant la croissance dans les autres secteurs de l’économie.
La communauté mondiale est unanime à clamer qu’il faut réduire la pauvreté et la faim. Le plus grand défi consiste à traduire cet engagement dans la réalité, au niveau des communautés locales pauvres, la plupart composées de petits paysans. Ceux-ci parviennent à peine à nourrir leurs familles, moins encore la population toujours plus nombreuse de leur pays. L’histoire a montré que la plupart des pays qui ont réussi à réaliser une croissance économique ont commencé par soutenir leurs systèmes de production alimentaire, autrement dit leur agriculture, ce qui a entrainé la croissance du secteur industriel Certains pays émergents, comme le Brésil, l’ont compris. Le président de la commission de l’UA a annoncé à l’ouverture des travaux, la signature prochaine avec ce pays de trois accords de coopération dans le but de renforcer l’agriculture africaine. Mais d’ici là, Jean Ping a attiré l’attention de l’assemblée sur la persistance des foyers de tensions qui continuent d’endeuiller le continent. La situation au Niger tiendra sans doute la vedette au cours de ce sommet.
Au delà de ces questions de fonds, de vieux sujets tels que la formation du gouvernement de l’Union, la constitution de la force africaine de défense pourraient aussi focaliser les débats durant ces trois jours de session.

B. COULIBALY, Envoyé spécial
L’Essor n°16476 du 02 juillet 2009

 
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