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Discours de SEM Amadou Toumani TOURE, Président de la République du Mali, au Sommet mondial sur la sécurité alimentaire (Rome, du 16 au 18 novembre 2009)

   

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Le Président Touré à la tribune de la FAO, Rome
Photo FAO

Monsieur le Président,

Monsieur le Directeur Général de la FAO,

Excellences Mesdames, Messieurs,

Je voudrais tout d’abord, au nom de la délégation qui m’accompagne et à mon nom propre, adresser à vous Monsieur le Président, ainsi qu’à l’ensemble des participants à ce Sommet Mondial sur la Sécurité Alimentaire, mes salutations les plus cordiales.

Il me plait d’abord de saisir cette occasion pour adresser nos vives félicitations et nos encouragements à Son Excellence Monsieur Jacques Diouf, Directeur général de la FAO, ainsi qu’à toute son équipe, pour cette initiative salutaire et pour le travail remarquable réalisé afin que puisse se tenir cet important évènement. Cela témoigne, une fois de plus, l’attachement de notre organisation à la lutte contre l’insécurité alimentaire et la précarité dans le monde.

Les manifestations évidentes et dramatiques des changements climatiques qui accablent l’humanité actuellement sans que puissent malheureusement se dégager de façon concrète et efficace des mesures durables à observer afin de juguler ce fléau qui affecte la capacité productive des 2,6 milliards de ruraux pauvres à travers le monde.

Excellences Mesdames, Messieurs,

Je voudrais saluer ici le choix si judicieux du thème du présent Sommet Mondial à savoir la « Sécurité alimentaire ». Car il est non seulement d’actualité, mais s’inscrit en droite ligne du mot d’ordre de la FAO à savoir : « Aider à construire un monde libéré de la faim ». Il illustre aussi la vision unanime de toutes les régions du monde au sujet du combat à mener contre l’insécurité alimentaire et la pauvreté.

Excellences Mesdames et Messieurs,

Le Mali pays sahélien à vocation agro-sylvo-pastorale situé au coeur de l’Afrique de l’Ouest, malgré ses énormes potentialités fait face à des difficultés susceptibles d’entraver voire freiner les efforts de développement, de lutte contre l’insécurité alimentaire et la pauvreté.

Ces difficultés sont de deux ordres : celles liées aux effets des changements climatiques et celles provenant de l’action de l’Homme.

Au titre des effets liés aux changements climatiques, on peut citer sans vouloir être exhaustif la sécheresse endémique, les inondations dévastatrices, l’ensablement du lit des fleuves en particulier celui du Fleuve Niger, l’avancée du désert, et la déforestation.

Les difficultés liées aux hommes ont pour noms feux de brousse, déforestation (prélèvements divers, les besoins d’énergie domestique, défrichements en vue de la préparation des champs), le surpâturage par les animaux.

Le cas de l’Office du Niger constitue une parfaite illustration du potentiel du pays et des facteurs limitant son développement.

Créé depuis 1932, avec comme objectif d’en faire le Grenier de l’Afrique de l’Ouest, il dispose d’une superficie de 1.100.000 hectares de terres cultivables, avec environ 100.000 hectares, exploités pour une production de 590.000 tonnes, de production céréalière, en particulier du riz, couvrant les 2/3 de la consommation nationale. Le rendement pourrait atteindre 8 à 9 Tonnes par hectare pour le riz, avec la possibilité de réaliser 2 récoltes par an.

Les exploitants agricoles sont bien formés, avec des associations dynamiques. La petite mécanisation locale y est développée. Il bénéficie de l’appui de centres de recherche agricole, en particulier, dans les domaines de la production semencière et la lutte contre les prédateurs.

Cependant, cet important outil de développement : fait lui aussi face à des facteurs limitants communément appelés les « 3 E » à savoir :

1. Erosion des terres,

2. Envasement des canaux du fait des éboulements et de la vase,

3. Envahissement du système hydraulique par les plantes aquatiques néfastes tapissant la surface de l’eau sur une épaisseur de 70 cm contribuant à l’élimination de toute vie aquatique, à réduire le débit des canaux de 50 et, portant la périodicité des crises d’eaux de 2-3 jours à 2-3 semaines.

Je voudrais encore revenir sur les potentialités du Mali qui sont estimées à 65 millions d’hectares cultivables dont 2,2 millions inondables et 2600 km de cours d’eau (Niger et Sénégal).

Elles justifient notre engagement et notre volonté politique de faire du Mali une Puissance agricole en vue d’asseoir les bases durables de la souveraineté et de la sécurité alimentaire et, de le placer parmi les exportateurs de produits agricoles. Le Gouvernement a défini et, pris des initiatives réalistes de grande envergure devant contribuer à la mise en oeuvre des projets de développement concrets d’utilité publique.

Il me plait de rappeler à ce propos que lors du Sommet des Chefs d’Etat africains de Maputo en 2004, il a été convenu que chaque pays devait s’engager à consacrer sur cinq ans, au moins 10% de son budget national au développement de l’agriculture. Le Mali aujourd’hui lui consacre 13 % de son Budget annuel.

Une Loi d’Orientation Agricole a été adoptée en 2004. Elle se veut l’instrument directif et fédérateur pour l’ensemble des dispositions législatives ou réglementaires touchant aux domaines de l’agriculture, de l’élevage, de la pêche et de la forêt. Elle vise à dessiner ce que sera le secteur agricole à court, moyen et long termes (25 ans). Elle concerne l’ensemble des activités économiques en milieu rural ainsi que leur impact social et environnemental.

La Loi d’Orientation Agricole tient compte des spécificités régionales et des diversités agro-écologiques du pays. Elle doit permettre aussi d’adopter un régime de protection sociale des agriculteurs adapté aux besoins et aux capacités du pays. C’est une question d’équité qui vise à améliorer les conditions des ruraux.

Au plan institutionnel, pour marquer son engagement dans le combat pour la sécurité alimentaire et la réduction de la pauvreté, le Mali a mis en place le Conseil Supérieur de l’Agriculture et créé un Commissariat à la sécurité alimentaire rattaché à la Présidence de la République en 2004. Il s’est aussi doté d’un Programme National de Sécurité alimentaire dont l’objectif est de prendre en charge la dimension structurelle de l’insécurité alimentaire au niveau des 12 000 villages et fractions que compte le pays.

Dans le cadre de ce programme et s’appuyant sur l’approche « Villages du Millénaire », l’initiative 166 a pour objet d’accélérer la réalisation des OMD dans les 166 communes les plus vulnérables déficientes en termes de sécurité alimentaire comprenant 3.052 villages pour une population d’environ 2,5 millions de personnes.

Un Fonds de promotion agricole a été mis en place. Et en terme de mécanisation agricole, après avoir doté les producteurs d’un parc neuf de 500 tracteurs, une usine d’assemblage de tracteurs d’une capacité de 7 à 8 tracteurs par jour a été réalisée avec l’appui de l’Inde.

Par rapport au désenclavement intérieur et extérieur du pays en vue de promouvoir l’évacuation de la production agricole, des biens et des personnes un vaste programme de réalisation d’infrastructures routières a été mis en chantier avec des résultats encourageants (lier les zones de production aux zones de consommation).

Excellences Mesdames et Messieurs,

Convaincu à juste raison, que l’avènement d’une agriculture productive et compétitive nécessite l’adoption et la mise en oeuvre de politiques résolument tournées vers l’investissement efficace, le Mali est aujourd’hui engagé dans l’élaboration de son Programme National d’Investissement du Secteur Agricole (PNISA).

Se préoccupant de la dégradation des ressources naturelles et conscient du péril que cela constitue pour les générations actuelles et futures, le Mali a placé la dimension environnement ale au centre de ses politiques et stratégies de développement avec la ferme conviction que tout processus de production agricole non assorti d’une bonne gestion de l’environnement ne saurait prospérer dans la durée.

Excellences Mesdames et Messieurs,

La mise en oeuvre de tous ces grands chantiers majeurs qu’ensemble nous venons ainsi d’ouvrir en réponse aux défis pour l’avènement de la sécurité alimentaire et le recul de la pauvreté nécessitera, en plus des efforts internes déjà entrepris, l’accompagnement conséquent de la communauté internationale.

C’est le lieu de saluer et de féliciter la FAO et l’ensemble de nos partenaires techniques et financiers pour leur grande disponibilité à soutenir les efforts de développement du Mali.

Excellences Mesdames et Messieurs,

La manifestation presque simultanée des deux graves crises qui ont affecté le monde : la crise alimentaire et la crise financière, entraînant la récession économique, a porté un coup sévère à la sécurité alimentaire mondiale.

Ainsi, de 854 millions en 2007, le nombre de personnes confrontées à l’insécurité alimentaire est passé, selon les données recueillies auprès de la FAO, à 915 millions en 2008, pour atteindre milliard en 2009.

Cette tendance à la hausse est suffisamment révélatrice du décalage entre l’ampleur du phénomène et le manque de vigueur dans le respect des engagements jusqu’ici pris pour la contenir.

L’implacable constat qui s’impose à nous, pays en développement, et qui résulte de la non tenue des engagements pris, c’est que nous assistons au retour en force de la faim et à la recrudescence de la pauvreté en Afrique. Ce constat cruel, Excellences, Mesdames, Messieurs, interpelle la conscience de la communauté internationale

Face à l’ampleur de la situation, nous partageons l’avis pertinent de la FAO qui estime qu’il est indispensable d’accroître les investissements dans le secteur agricole, réguler le système commercial international, recourir à des filets sociaux pour assurer une bonne protection des populations pauvres en proie à l’insécurité alimentaire.

Il devient urgent pour la communauté internationale de renforcer l’espace de solidarité entre les nations, une des raisons prioritaires de la création de l’ONU et de ses institutions spécialisées. Cela passe inéluctablement par le renforcement des moyens d’action des organisations telles que le FIDA, la FAO et le PAM, et, ce faisant, soutenir ainsi le développement de programmes agricoles dignes d’intérêt dans les pays en développement.

Dans cette perspective, nous saluons chaleureusement le lancement officiel du Fonds agricole africain lors des Assemblées générales annuelles du FMI et de la Banque Mondiale à Istanbul, les 6 et 7 octobre dernier.

Excellences Mesdames et Messieurs,

Je voudrais à mon tour, adresser mes vives félicitations aux autorités italiennes pour leur accueil chaleureux et, souhaiter ardemment plein succès aux travaux de ce sommet crucial.

Je vous remercie de votre attention !

 
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