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Amadou Toumani Touré, président malien : "Libérer ce Français, j’en fais une affaire personnelle" (Article paru dans Le Monde daté du 04.12.09)

   

Philippe Bernard, l’envoyé spécial du journal Le Monde, vient de réaliser une interview avec le Chef de l’Etat, parue dans l’édition du vendredi 04 décembre 2009. Dans cet entretien, le journaliste aborde plusieurs sujets d’actualité avec le Chef de l’Etat notamment les questions de sécurité dans le Septentrion malien, l’affaire dite du "Boeing de la drogue" et le fondamentalisme islamique...

Le président du Mali, Amadou Toumani Touré, surnommé "ATT", s’exprime sur la question de la sécurité dans son pays.

Après l’enlèvement de Pierre Camatte, le Mali est-il devenu un pays dangereux pour les Français ?

Le Mali n’est pas plus dangereux que certaines banlieues françaises. En ce moment, nous avons 52 Italiens à Gao et des groupes de Français refusent de rentrer de Tombouctou. Je ne dis pas qu’il ne s’est rien passé. Mais le Mali n’est pas dangereux, c’est la bande sahélo-saharienne, un espace de 4 millions de km2. Dans cette zone, il n’est plus question comme autrefois de trafics de cigarettes mais de salafistes, de passeurs, de marchands d’armes et de drogue.

Pourquoi le Mali, épargné jusqu’à présent, ne l’est plus ?

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Image d’archives. Le Chef de l’Etat avec Philippe Bernard au Palais de Koulouba en janvier 2006
Photo Présidence de la République du Mali

Toutes nos investigations tendent à comprendre pourquoi un Français a été visé, et pourquoi au Mali. Ce n’est pas un touriste mais un résident. A-t-il été choisi parce qu’il était une proie facile ou parce qu’ayant vécu avec la population, il a été mêlé à ses problèmes ? Nous le saurons.

Vous n’avez pas de réponses ?

Pour le moment, non. Seulement des indices que nous préférons ne pas révéler par souci de discrétion.

Vous parlez d’un "acte crapuleux". Cette qualification ne revient-elle pas à épargner les islamistes ?

Non, car ce ne sont pas eux qui les ont enlevés mais de petits bandits qui font des coups et vont ensuite remettre leurs otages. En l’absence de revendication, je ne peux pas confirmer la responsabilité d’Al-Qaida.

Quels moyens avez-vous engagés ?

Nous comptons d’abord sur les populations qui sont les premières sources de renseignements sur une personne connue de tout le monde. L’administration et les services spéciaux sont aussi engagés à tous les niveaux. Nous prenons des mesures pour sécuriser la zone. Libérer ce Français, j’en fais une affaire personnelle.

Un Boeing chargé de drogue s’est posé en plein Mali sans attirer l’attention. Comment est-ce possible ?

Cela s’est passé dans une zone inhabitée. L’avion a atterri et n’a pas réussi à décoller car il s’est enlisé. Que transportait-il ? Des déchets nucléaires, des armes, de la drogue ? Nous l’ignorons. L’ONU a affirmé que c’était de la cocaïne, mais ne nous a communiqué aucun renseignement. Nous avons relevé le numéro de l’avion et l’avons communiqué aux services de renseignement occidentaux. Nous attendons des réponses. Apparemment, l’avion a échappé à toutes les "grandes oreilles".

Une telle opération est-elle possible sans des complicités au sein de l’Etat malien ?

S’ils avaient des amis aussi haut placés, ils auraient atterri sur l’aéroport de Bamako ou de Mobti ! Je n’exclus rien, mais celui qui prend le risque de se crasher dans le désert ne dispose pas de complicité de poids.

Pourquoi avez-vous cherché à cacher l’affaire ?

J’ai gardé le silence en pensant qu’il fallait se donner le temps de mener des investigations. C’était une erreur qui a laissé libre cours aux rumeurs.

Vous réclamez depuis deux ans une conférence sahélo-saharienne sur la sécurité. Pourquoi ce projet n’aboutit-il pas ?

Ce qui vient de se passer nous donne raison. Nous avions souligné le caractère transfrontalier des menaces et la nécessité d’une coopération sous-régionale. Il n’y a plus de temps à perdre. Les experts ont travaillé. Aux chefs d’Etat de se réunir.

Vous êtes aussi un militaire. Allez-vous proposer une force d’intervention conjointe ?

La première solution dans une zone déshéritée c’est le développement. Creuser des puits, ouvrir des écoles, des centres de santé. Mais cela suppose une sécurité que les militaires peuvent assurer.

Ces événements surviennent après que vous avez été amené à retirer votre projet de réforme du code de la famille sous la pression des organisations musulmanes. L’islam malien serait-il en train de se radicaliser ?

Cela n’a rien à voir. Des Maliens ont fait savoir que leurs préoccupations n’ont pas été prises en compte. Je les ai entendus. Je préfère une loi moyenne que tout le monde accepte à une très bonne loi que personne ne respecte. Nous ne connaissons pas de problème d’intégrisme et ne souhaitons pas en connaître. Le Mali est un pays laïque et nos religions n’ont absolument rien à voir avec ces événements.

A lire aussi : Le Mali touché par la "menace globale" d’Al-Qaida

Propos recueillis par Philippe Bernard
Article paru dans l’édition du 04.12.09

 
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