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JOURNEE DE KURUKAN FUGA : Discours de Son Excellence Monsieur Amadou Toumani TOURE Président de la République, Chef de l’Etat (Kangaba, le 30 septembre 2010)

   

Monsieur le Premier Ministre, Chef du Gouvernement ;

Honorable Président de l’Assemblée Nationale ;

Mesdames, Messieurs les Ministres ;

Mesdames, Messieurs les Présidents des Institutions de la Républiques ;

Honorables Députés ;

Monsieur le Doyen du Corps diplomatique ;

Excellences, Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs ;

Madame la Coordinatrice du Système des Nations-Unies au Mali ;

Mesdames, Messieurs les Représentants des Organisations Africaines et Internationales ;

Monsieur le Gouverneur de la Région de Koulikoro ;

Monsieur le Maire de la Ville de Kangaba ;

Autorités coutumières et Religieuses de Kangaba et du Mandé ;

Mes frères et Sœurs venus de la République de Guinée ;

Mesdames, Messieurs,

Après Logo Sabouciré, où nous avons lancé le 1er septembre dernier, les festivités officielles de la célébration du cinquantenaire du Mali indépendant ; après l’imposant défilé miliaire du 22 septembre sur l’Avenue du Mali ; après le défilé civil qui, en plusieurs tableaux, a retracé le parcours du Mali, de la résistance à nos jours, nous voici, ce jour, rassemblés à Kangaba, pour magnifier la Charte du Mandé, passé désormais à la postérité sous le nom de Charte de Kurukan Fuga.

Dans mon adresse à la Nation, j’avais insisté sur le fait que si la République du Mali a cinquante ans, le Mali, lui, est vieux de plusieurs siècles et qu’il a abrité des Etats organisés qui ont su créer des réseaux de relations et de brassage humain, à l’origine d’un humanisme fécond .

La Charte de Kurukan Fuga est assurément la matrice de cet humanisme. Pour mémoire, je voudrais rappeler que le grand Empereur Soundiata Keita, après l’éclatante victoire de Kirina en 1235, a eu une préoccupation constante qui se résumait ainsi : comment gagner une paix durable dans un empire unifié et prospère.

En effet, gagner la guerre n’a de sens à ses yeux qui si on gagne la plus noble et la plus décisive des batailles : celle pour la paix.

La paix règne aujourd’hui dans tout le pays, qu’il en soit toujours ainsi… (…) Je vous parle, peuples réunis. À ceux du Manding, je transmets le salut du Maghan Soundjata ; salut à ceux du Do, salut à ceux de Tabon, salut à ceux de Wagadou, salut à ceux de Méma, salut à ceux de la tribu de Fakoli, salut aux guerriers Bobos et à ceux de Sibi et de Kà-ba. À tous les peuples réunis, Soundjata dit "Salut".

Ainsi parla Balla Fasséké, griot de prestigieuse mémoire, à Fouga, clairière au nord de la ville de Kà-ba, où Soundiata Keita scella le pacte qui donna à l’empire du Mali, une charte pour une « paix perpétuelle ». Les effets de ce Pacte continuent de structurer culturellement l’actuel espace de l’empire du Mali, 774 ans après !

À Kà-ba, l’Empereur s’adressa ainsi aux peuples assemblés de son nouvel empire :

Je scelle aujourd’hui à jamais l’alliance des Kamara de Sibi et des Keita du Manding. Que ces deux peuples soient désormais des frères. La terre des Keita sera désormais la terre des Kamara, le bien des Kamara sera désormais le bien des Keita. Que jamais le mensonge n’existe plus entre un Kamara et un Keita. Dans toute l’étendue de mon empire que partout les Kamara soient comme chez eux.

Continuant sur sa lancée, l’empereur proclama que désormais les Kondé du pays de Do, seront les oncles des Keita de la famille impériale ; les Tounkara et les Cissé seront les cousins à plaisanterie des Keita ; les Cissé, les Bérété, les Touré seront élevés à la dignité de guides spirituels de l’empire.

Soundiata Keita définit ensuite les droits de chaque peuple, ses obligations et consacra la liberté de culte.

Si nous avons rappelé l’origine et les principales dispositions de la charte du Mandé, c’est qu’au-delà des raisons évidentes de Savoir et de Mémoire, il est d’un grand intérêt politique pour notre Continent.

En effet, nous avons toujours insuffisamment interrogé notre histoire, dans le cadre du raffermissement et de la construction interne de nos démocraties formelles, notamment la dévolution du pouvoir, l’organisation de la cité et les relations intra-africaines, dans la résolution de nos problèmes, conflits et stratégies de développement.

Le Professeur Djibril Tamsir NIANE souligne donc fort justement, je cite :

La découverte de la Charte du Mandé est sans nul doute l’événement culturel majeur de la fin du XXème siècle en Afrique Noire. La charte du Mandé enseigne la tolérance, la fraternité entre clans et ethnies….

…. La cohésion entre les membres de la société semble avoir été le plus grand souci des hommes et femmes réunis à Kurukan Fuga. Mettre en place un mécanisme de règlement de conflits a été donc la grande quête : ainsi la parenté à plaisanterie a été institutionnalisée, ainsi que son corollaire, les correspondances entre patronymes, les alliances entre clans….

… Sa vertu essentielle, c’est de créer un climat de franche convivialité entre les protagonistes en précisant les droits et devoirs qu’ils ont les uns envers les autres pour vivre en paix tout en renforçant la solidarité . Fin de citation.

Constitution avant la lettre, la Charte de Kurukan Fuga codifiait :

- l’Organisation du Pouvoir (ses Limites et ses Obligations),
- l’Organisation Sociale,
- la Défense des Droits Humains et des Libertés Publiques,
- la Protection des Activités Professionnelles, des Personnes et de leurs Biens.

A titre d’illustration, il me plaît de partager avec vous quelques un de ses énoncés :

Article 5 : Chacun a droit à la vie et à la préservation de son intégrité physique. En conséquence, toute tentation d’enlever la vie à son prochain est punie de la peine de mort .

Article 7 : Il est institué entre les mandenkas le sanankunya (parenté à plaisanterie) et le tanamanyöya (forme de totémisme). En conséquence, aucun différent né entre ces groupes ne doit dégénérer, le respect de l’autre étant la règle

Article 14 : N’offensez jamais les femmes, nos mères .

Article 24 : Ne faites jamais du tort aux étrangers .

Mesdames, Messieurs,

Il s’agit là d’un aperçu du vaste champ que couvrent les 44 articles de la Charte de Kurukan Fuga et qui touchent jusqu’aux questions liées à la préservation de l’environnement.

C’est le lieu de rendre un hommage mérité à tous ces intellectuels, aux communicateurs traditionnels, aux spécialistes, à l’Institut de Recherche Linguistique Appliquée de Guinée qui œuvrent, depuis des années, à une meilleure connaissance de cette pensée politique malienne et africaine.

Le monument, dont nous allons aujourd’hui poser la première pierre contribuera à rendre accessible ce pan important de notre Patrimoine.

Il constitue le premier élément d’un plan d’aménagement comprenant une promenade dite « Allée de la Charte de Kurukan Fuga, un Institut de Recherche sur la Culture du Mandé et la Charte de Kurukan Fuga, un Musée de la Culture Mandingue et l’implantation d’infrastructures d’Accueil, de Rencontres et de Loisirs compatibles avec la valeur historique et socio-culturelle du site.

Je voudrais, enfin, inviter les Jeunes du Mali et d’Afrique, à s’approprier cette histoire prestigieuse et à prolonger, dans les différentes disciplines des Sciences sociales, le travail de leurs aînés, afin que les valeurs contenues dans la Charte de Kurukan Fuga, continuent d’illuminer notre marche vers le progrès dans la fidélité à nos traditions.

Je vous remercie de votre aimable attention !

 
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