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VOEUX DU NOUVEL AN 2011
Discours de Son Excellence Mgr Jean ZERBO, Archevêque de Bamako

   
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Mgr Jean Zerbo, Archevêque de Bamako

Son Excellence Monsieur Amadou Toumani TOURE, Président de la République du mali, Chef de l’Etat,

Son Excellence Monsieur Modibo SIDIBE, Premier Ministre et Chef du Gouvernement,

Son Excellence le Général Kafougouna KONE, Ministre de l’Administration Territoriale et des collectivités locales,

Monsieur Oumar Amadoun DICKO, Président de la Commission Nationale d’Organisation du Cinquantenaire,

Leurs Excellences Mesdames et Messieurs les Ministres,

Monsieur le Gouverneur du District de Bamako,

Monsieur le Maire du District de Bamako,

Très honorable frère et El hadji Mahamoud DICKO, Président du Haut Conseil Islamique et vénérables membres de sa délégation,

Monsieur Daniel COULIBALY, Délégué Général de l’Association des Groupements des Eglises et Missions Protestantes et Evangéliques du Mali et Vénérables membres de sa délégation,

Aw bè ni sogoma !
An sira hèra la, Alla k’an tlé hèrè la !
An nana sira min fè, sira jugu tè, Baden ya sira, fassoden nyumaya sira,
Jamana nyémaw boniali sira, Alla ma o sira jenlen to la !

Excellence Monsieur le Président,

L’année dernière à pareille époque, par la grâce de Dieu, les familles fondatrices de Bamako et les autorités religieuses, s’étaient retrouvées en ces lieux, pour la traditionnelle présentation des vœux du nouvel an au Premier Serviteur de la Nation que vous êtes.

Le contexte historique en était notre entrée dans l’année de la célébration du Cinquantenaire de l’Indépendance du Mali.

Cette année a été marquée dans toutes les régions et à tous les niveaux par l’inauguration ou l’ouverture de grands travaux, par des manifestations artistiques, sportives et culturelles, par la relecture dans la Vérité des consciences et devant Dieu, des 50 premières années de notre Indépendance. Le tout porté par la ferveur des prières individuelles et communautaires surtout à l’occasion de nos grandes fêtes : fêtes traditionnelles, fêtes des communautés musulmanes, protestantes et catholiques.

Monsieur le Président,

Au moment même où nous sommes rassemblés ici au Palais à Bamako, se déroulent à Sikasso, les dernières manifestations de la Biennale sportive et culturelle. Elles marqueront la clôture des cérémonies du Premier Cinquantenaire.

Que Dieu le Tout Puissant daigne parachever son ouvrage en veillant au parfait déroulement de ce grand rendez-vous de la fraternité et de l’unité ! Amina !

Monsieur le Président,

Dugaw minuw kèra, saraka minuw bora, wajuli minuw kèra cinquantenaire kola, Alla ka oluw bè jabi ! Ka o komasségui kè hèra yé, Mali seleké nani bè la ! Amina !

Monsieur le Président,

Nous nous trouvons ainsi à la fin d’une étape et à l’entame d’une autre étape de l’histoire au Mali. Alla ka Tanu !

Cette double situation éveille dans mon cœur de Pasteur 4 sentiments et les vœux qui s’en inspirent :

-  Un devoir de Mémoire

-  Un devoir de Reconnaissance

-  Des regrets- des préoccupations

-  Enfin des souhaits, des vœux pour mieux faire.

Monsieur le Président,

Ce moment providentiel nous appelle à un devoir de mémoire de souvenirs profonds, douloureux et croyants de ceux et celles qui nous ont quittés. Toutes celles et tous ceux de l’année du cinquantenaire : bébés, enfants, jeunes, adultes vieilles, et vieillards. Parents, amis, voisins, connaissances, inconnus mêmes

Alla ka hinè u bè la !
Alla ka u nyè suma !
Alla ka u ko suma !

Alors que s’achève l’année du cinquantenaire, mon Cœur de Pasteur rejoint aussi et surtout, toutes celles et tous ceux dont la vie et la mort ont contribué de quelque manière que ce soit à faire du Mali :

UN PEUPLE –UN BUT- UNE FOI. Minuw bè tora Mali kola !

Je pense plus spécialement aux victimes, aux très nombreuses victimes de nos conflits politiques, et sociaux.

En 50 ans, il faut avoir l’humilité de le dire : que d’offenses mutuelles et que de victimes. Le drame, c’est que des maliens ont éliminé des maliens. Certes, certains reposent en des lieux, et dans des tombes connus. Par contre il y en a d’autres dont les tombes ne seront jamais identifiées. Tous et toutes, par delà leur appartenance ethnique, politique sont avant tout des maliens et des maliennes. Tirés de la terre, nous sommes tous destinés à retourner à la terre

Ce qui importe alors, c’est la cause, l’idéal. Cette cause, c’est moins celle d’un parti, d’une idéologie que celle du Mali.

En ce jour, Daigne le Tout Puissant nous réconforter, parents, amis, en la pensée qu’ils sont morts pour le Mali, que leur tombe c’est le cœur de Dieu, l’immense et tendre cœur de Dieu ouvert à tous ses enfants :

U tora Mali ko de la - U tora u to ko la !
Alla ka u bè nyè suma – Ka u ko suma !
Wa fura tè o kosuma ani nyé suma na Yafa ko !
Alla ka yen fissaya u ma yan yé !
Ka sigui nyogon nyuman ya,
balimaya nyuman ya,
teriya nyuman ya,
Adamaden nyuman ya, kala an ni nyogon cè,
Alla ka an Dussu fa yafa sébè la !

Monsieur le Président,

Temps et espace pour faire mémoire de toutes les victimes de nos combats politiques depuis 50 ans.

La cérémonie de ce matin est aussi une occasion pour exprimer notre reconnaissance :

-  Reconnaissance au Seigneur Tout Puissant pour la bonne pluviométrie. Elle vient soutenir vos efforts pour lutter contre l’insécurité alimentaire à condition bien sûr que les communautés locales soient impliquées de manière responsable dans les choix et les décisions relatives à l’usage des terres cultivables.

Min sorola gninan, Alla ka o dun si di an ma !
Alla ma o kèra san wèrè ta kunkun yé !
Tignèli, Alla k’an kissi o ma !
Hinè nyogon na, Alla ka o nogoya an yé !

-  Reconnaissance au Seigneur pour l’aboutissement progressif des efforts depuis l’indépendance à ce jour pour sauvegarder l’unité nationale d’un pays aussi vaste et pluriel qu’est le Mali.
-  Reconnaissance au Seigneur pour tout ce qui a été réalisé pour améliorer les conditions de vie des maliennes et des maliens, dans les villes comme dans les campagnes.

Monsieur le Président,

L’Eglise Catholique par ma voix, tient à vous remercier et à travers vous, tous vos prédécesseurs de l’Indépendance à ce jour, pour les bonnes relations qui ont toujours existées entre l’Eglise et l’Etat malien. Bons rapports marqués au sommet par les relations diplomatiques avec le Vatican.

Monsieur le Président,

Si le Nouvel ambassadeur du Mali près le Saint Siège, Son Excellence Monsieur Boubacar Sidiki TOURE a présenté jeudi 16/12/2010, ses lettres de créance à sa Sainteté le Pape Benoît XVI, Son Excellence Mgr Martin KREBS, Nonce Apostolique, ambassadeur du Vatican pour la Guinée et le Mali avec résidence en Guinée depuis 2 ans, que vous avez déjà reçu, et que j’ai rencontré la semaine dernière, m’a fait part de son grand désir d’avoir un pied à terre au Mali à Bamako.

Alla ka o nogoya !

Monsieur le Président,

En vous réitérant (en ce jour), son engagement dans le domaine de la Justice et de la Paix, de l’éducation, de la santé, de la solidarité, l’Eglise catholique voudrait aussi vous exprimer toute sa reconnaissance :

1. Pour vos messages à elle adressés à l’occasion des fêtes de Noël, de Pâques et du pèlerinage de Kita.
2. Pour la présence active de votre représentant, notre ministre de Tutelle, celles des autorités administratives de la première région, à ce grand rendez-vous de prière.
3. Pour les efforts déployés d’année en année pour en faciliter tant le voyage que le déroulement.
4. Enfin et surtout Monsieur le Président, votre présence appréciée au 40ème pèlerinage, le dimanche 20/11/2010.Celui du cinquantenaire nous a comblés, immensément comblés.

Le dernier motif de reconnaissance Monsieur le Président, je le trouve dans l’orientation que vous avez voulu donner à la célébration du cinquantenaire : une occasion de scruter notre histoire, de l’apprécier et de l’assumer dans la réconciliation pour avancer dans la paix, condition de tout développement.

Les cérémonies de réconciliation entre les responsables actuels des 2 premiers partis qui ont lutté pour l’indépendance au palais des Congrès- Les démarches en privée de réconciliation. Tout cela ramassé dans les images et les messages du tableau phonique au stade Modibo Keïta le 23 septembre dernier reste gravé dans les mémoires :

SEUL LE PARDON EST GRAND !

Monsieur le Président, on ne peut mieux dire –DIEU SEUL EST GRAND. Le pardon est un attribut divin, appelés à devenir Enfants de Dieu nous ne le serons qu’à travers le pardon : c’est ce que j’ai compris.

C’est sur cette image que s’est fermé le tableau phonique du 23 septembre, et c’est sur cette image que nous avons chanté l’hymne National. Que les gens se sont salués avant de rentrer chez eux.

Monsieur le Président, j’y vois un appel à chacun et à tous et à toutes à marcher vers la paix au pas du partage, de la solidarité et du pardon.

Après la reconnaissance, permettez-moi Mr le Président d’évoquer devant vous quelques inquiétudes. Elles sont au cœur de mes réflexions et de mes prières :

1- La Première, c’est le foncier : un problème aussi vieux que le monde, chez nous comme ailleurs, s’il devient une source d’enrichissement, il ne peut qu’engendrer des frustrations et des confrontations meurtrières et destructrices de la convivialité. Comment éviter de faire du foncier un lieu d’escroquerie, de corruption pou s’enrichir ? Alla k’an kissi dugu kolo sitanè ma !
2- La seconde Mr le Président, c’est le chômage des jeunes qui vient aggraver les conséquences négatives de l’ajustement structurel et des privatisations. Dans un tel climat, comment réussir la lutte contre la pauvreté qui semble prospérer d’année en année. Comment prévenir l’engagement d’une partie de notre jeunesse, par désespoir de cause dans des réseaux dangereux de la drogue du banditisme, et du fanatisme !
3- La troisième, c’est la corruption et les détournements de fonds. Ils tendent à devenir des maladies endémiques de notre époque. Si par le passé aller en prison était considéré comme une honte, un déshonneur, pour certains aujourd’hui, c’est une fierté : kasso ladon tè maloya ko yé maliden dow bolo tun ! O kèlen do cèya yé dow bolo ! Am dembè bè min ?
4- Enfin Monsieur le Président, ma dernière préoccupation, vous le devinez, c’est l’école, oui l’école, lieu d’éducation et d’instruction des artisans du 2ème cinquantenaire de notre nation. De la situation désastreuse dans laquelle nous sommes, je redirai à la suite de mon très vénéré et regretté prédécesseur, Mgr Luc Sangaré, Paix à son âme, AM BE NO DO !

Dans un monde caractérisé par l’interdépendance des peuples et par la diffusion rapide d’un mimétisme des comportements humains accompagnés d’un individualisme croissant, l’éducation constitue une nécessité vitale et existentielle. Elle doit allier savoir faire, savoir vivre et savoir être fondé sur la sagesse humaine et la ressource spirituelle. Il s’agit d’allier Kalan – Kodon-Ani yèrèdon.
Ji don !
So don !
Jiri don !
Yèrè don de nyogon tè ! Yèrè don baliya, Alla ma kissira o ma !

Il s’agit en d’autres termes de passer du comportement de la grenouille à celui du canard.
-  La grenouille happe sans discernement tout ce qu’on lui jette à la surface de l’eau. Elle finit par avaler l’hameçon et c’est la mort ? Alla k’an kissi o ma !
-  Quant au canard, au bord du puits, il a le bec dans la boue. On peut avoir l’impression qu’il l’avale. A y regarder de près, il discerne savamment ce qui lui est utile et ce qui ne l’est pas. Il rejette ce qui est nuisible et absorbe ce qui lui est utile. Alla ka o nogoya an yé ! C’est ainsi que notre jeunesse pourra préserver notre identité notre dignité et notre indépendance.

Monsieur le Président,

Ces préoccupations et tant d’autres, je sais que vous les portez dans votre cœur ainsi que les membres de votre gouvernement. En les évoquant en ce jour béni, je voudrais vous donner l’assurance qu’elles constituent autant d’encens que je fais monter vers le ciel à Dieu. Ce faisant je Lui demande avec ferveur et humilité de vous bénir, vous les membres de votre famille et des différentes institutions de l’Etat, toute la Nation.

Qu’Il vous accorde avant tout la santé, une excellente santé et longue vie.
Qu’Il vous accorde sa Sagesse pour penser, parler, et agir quand il le faut et comme il le faut.
Qu’Il vous accorde la joie de voir l’école malienne débarrassée de tous les démons qui s’y sont installés confortablement depuis de longues années.
Qu’Il vous donne la joie de voir le Mali avancer haut et fier, portant haut le drapeau de l’espérance, de la prospérité et du sacrifice.
Qu’Il vous comble de la joie de voir l’ensemble du peuple malien avancer aux pas du partage et du pardon vers la paix véritable que Dieu seul peut nous donner.

Pour terminer Mr le Président, je vous serai reconnaissant de bien vouloir accepter comme cadeaux deux livres importants : instruments de formations qui seront données cette année au Centre Joliba sous la responsabilité de la Commission Justice et Paix de la Conférence Episcopale du Mali.

1- Le Compendium de la Doctrine sociale de l’Eglise
2- Lexique des termes ambigus et controversés sur la famille, la vie et les questions éthiques.

Je vous remercie et vous redis encore une fois avec l’assurance de nos prières : Bonne et Heureuse Année 2011 !
Que Dieu bénisse le Mali !

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