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Discours de Son Excellence Monsieur Amadou Toumani, Président de la République, Chef de l’Etat, à l’occasion de la remise du prix Kéba MBAYE (Dakar, le 16 avril 2011)

   

Excellence Monsieur le Président de la République du Sénégal ; Maître Abdoulaye Wade, mon Cher Aîné ;

Monsieur le Président du Sénat ;

Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale ;

Monsieur le Premier Ministre ;

Mesdames, Messieurs les Membres du Gouvernement ;

Monsieur le Président de la Fondation Kéba MBAYE ;

Mesdames, Messieurs les Membres de la Fondation ;

Distingués Invités ;

Mesdames, Messieurs,

Si j’avais à choisir une place dans cette cérémonie, je me serais senti bien plus à l’aise aux côtés de ma tante, des mes frères et sœurs MBAYE, en un mot aux côtés des membres de la Fondation Kéba MBAYE, plutôt que dans le fauteuil du lauréat d’un prix qui porte le prestigieux nom d’un homme qui fut pour moi aussi ATT un père spirituel.

A mon cadet Abdoul et au Président de la Fondation, venus m’annoncer la nouvelle de ma consécration, j’avais répondu que le Jury, pour cette première attribution, avait choisi de garder le Prix à la Maison et que nous aurions pu le décerner à une autre personnalité.

Ce rappel ne souligne que davantage l’immense joie et le grand privilège que je ressens à recevoir cette belle distinction, dont la grandeur réside dans les valeurs qu’elle récompense et surtout l’illustre personnage auquel elle s’attache.

Je puis vous dire, que dans ma vie de soldat et d’homme d’Etat, j’ai collectionné des lauriers de toutes natures, mais ce Prix Kéba MBAYE occupera une place particulière dans la galerie des honneurs faits à ma personne. Monsieur le Président Wade,

Je suis particulièrement heureux de recevoir cette distinction en votre présence, car vous êtes à la fois un Aîné très attentionné pour moi et un ami de Kéba MBAYE. En parlant du Président Wade, deux moments me viennent à l’esprit :

- Le premier, c’était au Togo où à l’occasion d’une conférence sur la démocratie dans les années 90, je rencontre un homme qui séduit par sa vaste culture et sa ténacité dans le combat politique.

Ce premier contact est chaleureux, fraternel. Le Président WADE me parle de l’étudiant WADE et de sa fascination pour Sikasso, dont il dira plus tard, dans ses écrits qu’il représente, le centre de l’Afrique, dont il doit être la capitale si le continent devait en désigner une.

Avec beaucoup d’humour, il me parle de ses condisciples qui, à chaque fois qu’ils étaient à court de ticket de restaurant, venaient disserter longuement sur Sikasso, avec la certitude d’émouvoir cet admirateur du Kénédougou et de lui soutirer quelques tickets de resto.

- Le second contact, des décennies après, Maître Abdoulaye WADE est élu Président de la République du Sénégal en mars 2000 ; deux ans après, en 2002, je bénéficie de la même confiance des Maliens pour un premier mandat de cinq ans.

En septembre 2005, je décide d’inviter mon aîné le Président WADE en visite d’Etat à l’occasion de la célébration du 45ème anniversaire de l’indépendance du Mali organisé à Sikasso. Et quelle ne fut notre émotion, lorsque dans l’après-midi du 21 septembre 2005, le conseil municipal nous invita au baptême d’une rue au nom de Maître Abdoulaye WADE, « homme politique sénégalais ».

Cet hommage de Sikasso, à Maître Abdoulaye WADE, restera un des souvenirs importants, que je garderai de l’exercice du pouvoir.

Autre lieu, autre moment partagé : nous sommes en décembre 2003 à Genève, pour les besoins du Sommet Mondial sur la Société de l’Information. Je participe à un panel aux côtés du Président WADE. J’explique, au cours de mon temps de parole, combien les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication, pourraient être mises à profit pour la sauvegarde de notre riche patrimoine culturel, héritage de grands empires dont l’Empire du Mali.

Le Président WADE tient à faire la précision suivante : l’héritage de l’Empire du Mali ne saurait être la propriété exclusive du Mali actuel .

Je lui ai non seulement concédé cette vérité, mais j’y ai ajouté, que la dévolution du pouvoir dans l’Empire, obéissait au droit d’aînesse et que de nous deux, lui étant l’aîné, pouvait désormais se considérer comme étant en charge de l’Empire et que moi, je me contenterai d’être le Gouverneur de la Province de l’Est ; j’ai été promu depuis quelques temps déjà Empereur Adjoint. Le titre d’Empereur, que je lui donne, vient de cet échange qui est plus une expression d’affection que de polémique.

Dans son discours, le Président WADE a eu des mots d’amitié et d’estime pour moi. J’ai tenu à rappeler ces anecdotes pour lui dire combien ces sentiments sont partagés.

Distingués Invités,

Mesdames, Messieurs,

Cette cérémonie de remise du Prix Kéba MBAYE, pour l’Ethique, prolonge la longue liste des événements, qui permettent aux Sénégalais et Maliens, de célébrer leur fraternité et les liens multiples qui unissent nos deux Peuples.

Le Juge, comme on l’appelait avec affection et respect, est un artisan de cette construction fondée sur le sang. Lui, le natif de Kaolack, dans le Saloum, avait choisi de lier son destin à une fille de Ségou, un haut lieu de mémoire de la culture bamanan au Mali.

Et, c’est pour rendre hommage à ma tante, que j’ai décidé de me faire accompagner de l’artiste malien Bassékou KOUYATE qui, en plus du talent qui lui est reconnu à travers le monde, vient aussi de Ségou et joue d’un instrument, le N’Goni, dont on peut situer l’origine dans le royaume bambara de Ségou. J’associe à cet hommage toute la famille Kéba MBAYE.

Je veux aussi saluer, dans cette salle, la mémoire d’un ami proche de Kéba MBAYE, à qui il avait recommandé de venir investir au Mali, pour soutenir économiquement le fragile processus de démocratisation que nous avons commencé dans la douleur en mars 1991 : je veux nommer ici feu Idrissa SEYDI.

Mes remerciements vont au Jury et mes encouragements aux membres de la Fondation, plus généralement à toutes celles et à tous ceux qui s’engagent à perpétuer la mémoire de Kéba MBAYE, assurément un des plus grands fils de notre continent.

Dans cette œuvre, vous trouverez toujours des hommes et des femmes prêts à vous accompagner, mû par le sentiment de rendre un peu de tout qu’ils ont appris de Kéba MBAYE, dans les mondes multiples qu’il a marqués de son empreinte indélébile.

Homme d’éthique, Juge émérite, le nom de Kéba MBAYE est indissociable de la Magistrature sénégalaise au sein de laquelle il assuma les fonctions les plus éminentes : Président de la Cour Suprême, Président de la Cour Constitutionnelle. Sa brillante carrière trouvera son prolongement à l’international lorsqu’il fut appelé à la Cour Internationale de Justice de la Haye, dont il assura la vice-présidence.

Dédié au droit et aux droits de l’homme, le juge Kéba MBAYE était aussi un passionné du Sport qu’il a servi avec intelligence et engagement. Membre, puis Vice-président du Comité International Olympique, c’est au Juge Kéba MBAYE que l’on doit la mise en place du Tribunal Arbitral du Sport, dont il fut l’emblématique Président.

Avec éloquence et conviction, il s’est largement investi dans le travail de la commission Apartheid et Olympisme et joua un rôle clé dans le retour de l’Afrique du Sud, au sein de la famille olympique.

Excellence, Monsieur le Président de la République du Sénégal ;

Distingués Invités ;

Mesdames, Messieurs,

Président de la Cour Suprême, Président de la Cour Constitutionnelle, Vice-président de la Cour Internationale de Justice de la Haye, Vice-président du Comité International Olympique, Président du Tribunal Arbitral du Sport ; comment coiffer tant d’estime et demeurer soi-même.

Et pourtant, cet homme qui en imposait tant par stature physique, intellectuelle et morale se signalait par sa simplicité et une modestie à toute épreuve.

Distingués Invités ;

Mesdames, Messieurs,

Dans ses attendus sur le choix porté sur ma personne, le Jury du Prix Kéba MBAYE, a mis en exergue mon engagement au service du Mali depuis la Transition, conduite entre mars 1991 et juin 1992, jusqu’à nos jours, mon implication dans l’action humanitaire à travers la création de la Fondation Pour l’Enfance et salué aussi ce qu’il considère comme un attachement à l’éthique.

S’agissant de la Fondation Pour l’Enfance, elle est ma modeste réponse au formidable élan de soutien que les enfants, les Tout-petits m’ont apporté tout au long des 14 mois de transition. Avec vingt ans de recul, je puis vous dire que j’ai eu moi aussi envie par moments d’abandonner à cause des entraves inutiles que certains s’évertuaient à dresser sur notre chemin.

De tous les soutiens que j’ai reçus à cette période cruciale de l’histoire du Mali, celui des Enfants était sans doute le moins intéressé. Leur slogan, c’était : ATT, on mourra pour toi . A travers la Fondation pour l’Enfance, j’ai voulu plutôt les convier à vivre avec moi, en leur donnant les moyens de construire le Mali de demain.

Sur l’éthique, qui est valeur centrale de la Fondation Kéba MBAYE, je voudrais prolonger le propos du film qui nous a été présenté un peu plus tôt.

Le 26 Mars 1991, à la tête des troupes d’élite, nous avons mis fin à la deuxième République, suite à la grave crise née de la répression des aspirations démocratiques des Maliens. Après une Transition de 14 mois, nous avons remis le pouvoir à un régime civil démocratiquement élu. Au final, Je me réjouis d’avoir pu tenir parole, car je respectais, ainsi mon serment d’officier ; et par-delà le serment d’officier, je me donnais aussi les moyens de retourner à Mopti dans le Soudou Baba (la maison du Père) et de regarder mes congénères et mes parents sans avoir à baisser la tête.

Je suis donc en accord, avec le Juge Kéba MBAYE lorsqu’il disait dans sa Conférence sur l’Ethique en guise de Leçon inaugurale à l’Université, en 2005, je cite : Le respect de ses concitoyens est le bien le plus précieux du monde. C’est le seul qu’il faut désirer, qu’il faut rechercher. C’est le seul qui est admiré. Le respect dû au pouvoir ou à l’argent, s’il a un autre nom, s’il s’appelle crainte ou courtisanerie, c’est que les paramètres éthiques qui les régissent se sont déréglés… Elles ne durent que le temps que dure la force ou la fortune qui les motivent, c’est-à-dire peu et elles s’effacent avec la perte du pouvoir et de l’argent . Fin de citation.

Excellence, Monsieur le Président de la République,

Distingués Invités,

Mesdames, Messieurs,

Pour conclure, j’ai deux choses à vous dire :

- La première fait référence à la lettre que Kéba MBAYE avait adressée à son fils Abdoul lorsqu’il venait d’être nommé à la tête de la Banque de l’Habitat du Sénégal. Dans un passage, il disait ceci : Ne fais jamais rien d’important sans en discuter avec ton épouse … . Sur la foi de cette conviction, je dédie ce prix à mon épouse, Madame TOURE Lobbo TRAORE, et à mes enfants. Je n’oublie pas mes petits-enfants qu’on désigne au Burundi comme des cadeaux gratuits.

- La seconde, mon dernier mot, renvoie à l’immense personnage dont l’ombre tutélaire couvre et protège cette cérémonie : KEBA pour les Mandingues, TIEBA pour les bambara signifie tout simplement GRAND HOMME.
KEBA MBAYE, rarement un homme aura si bien porté son prénom !

Je vous remercie de votre aimable attention !

 
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