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Biographie du Juge Kéba MBAYE par Cheikh Yérim SECK, journaliste (Dakar, le 16 avril 2011)

   

Excellence Maître Abdoulaye WADE, Président de la République du Sénégal,

Excellence Monsieur Amadou Toumani TOURE, Président de la République du Mali,

Monsieur le Président du Sénat,

Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale,

Monsieur le Premier Ministre,

Mesdames et Messieurs les ministres,

Monsieur le président de la fondation Kéba Mbaye,

Honorables invités,

Monsieur le président Abdoulaye WADE, je commence mon intervention par faire œuvre de témoignage. Kéba Mbaye m’a dit, dans l’intimité de son appartement parisien de l’avenue Mozart, l’estime dans laquelle il vous tenait, votre frère Moustapha Wade et vous-même, et qui s’est forgée depuis les bancs de l’école William Ponty.

Monsieur le président Amadou Toumani TOURE, Kéba Mbaye m’a dit qu’il vous restait reconnaissant. Maître d’œuvre du traité portant harmonisation du droit des affaires en Afrique, il a été frappé par l’aide que vous lui avez apportée alors que vous dirigiez la transition démocratique dans votre pays, entre 1991 et 1992.

Je vais trahir une autre confidence, monsieur le président de la République du Mali. Il y’a quelques semaines, dans l’une des pièces de la grosse bâtisse blanche de votre palais de Koulouba, sur les hauteurs de Bamako, vous m’avez dit (je vous cite) : Ceux qui insinuent que je peux cautionner le trafic de drogue dans la bande sahélienne ne me connaissent pas. J’ai une grande méfiance pour l’argent tout court, à fortiori pour l’argent sale. Si je voulais m’enrichir, j’aurais largement pu le faire au bout de dix années au pouvoir. Mais cela ne me ressemble pas . (fin de citation) .

Sans le savoir, vous étiez entrain de décliner l’éthique telle que la concevait et la vivait Kéba Mbaye.

Un jour où je lui ai demandé comment il définissait ce concept récurrent dans son vocabulaire, il m’a répondu (je le cite) : Pour avoir un comportement éthique, il faut pouvoir accepter la pauvreté et la rigueur des règles déontologiques régissant tout ce qu’on fait . (fin de citation) .

Déjà à la fin des années 1990, il confiait au magazine panafricain L’Autre Afrique (je cite) : Pour l’Afrique, je pense qu’il faudrait dé-professionnaliser la politique. Si j’avais eu le pouvoir de décision, j’aurais commencé par demander aux députés d’avoir un métier. Quand ils rentrent chez eux après avoir siégé à l’Assemblée nationale, ils exercent leur profession . (Fin de citation)

Kéba Mbaye aurait pu être contrôleur des contributions directes, inspecteur des impôts, commandant de cercle, inspecteur du travail, ministre voire Premier ministre. Il a choisi d’être et de rester juge. Lorsque Léopold Sédar Senghor, alors aux commandes du Sénégal, a voulu le nommer dans son gouvernement, il lui a répondu (je cite) : Je souhaite rester juge. Les hommes politiques ont des qualités que je n’ai pas. Et des défauts que je n’ai pas non plus .

En 1979 déjà, à l’occasion de la cérémonie de présentation des vœux de la justice, alors que le concept de bonne gouvernance n’était pas encore dans l’air du temps, il tenait pareil discours au Président Senghor : Dans une économie qui se construit, pour une nation qui s’accomplit, au prix de tant de sueur, contre une nature capricieuse et un environnement hostile, il n’est pas exagéré de dire que certains délits contre les biens communs, parce qu’ils compromettent la vie économique de la collectivité, sont plus graves que bien des crimes . (Fin de citation)

Au delà de la sphère politique, maintenir l’éthique dans le sport mondial et les structures qui le gèrent constitue l’un des grands combats de la vie de Kéba Mbaye. En 1998, c’est logiquement à lui qu’on fait appel pour assainir quand survient l’affaire Salt Lake City. Membre du Comité international olympique depuis 1973, président de la commission juridique au moment des faits, il procède à la rédaction d’une stricte charte éthique qui n’a jusqu’ici donné place à aucun autre scandale.

L’aversion de Kéba Mbaye pour l’argent mal acquis relevait, de l’avis de tous ceux qui l’ont côtoyé, d’une phobie aiguë. Allergique à la corruption sous toutes ses formes, cet homme modeste et sobre s’est toujours gardé des pièges de l’argent et du pouvoir.

Juste retour des choses, signe du destin, diront les superstitieux : le viatique que Kéba Mbaye a laissé aux Sénégalais avant de disparaître est une magistrale leçon sur l’éthique. Dispensé sur le ton de la dernière recommandation, de la dernière volonté, le cours inaugural de la rentrée académique 2005 – 2006 de l’université Cheikh Anta Diop de Dakar a eu un retentissement exceptionnel et fera date. Ses propos résonnent encore aujourd’hui dans nos oreilles : L’éthique devrait être adoptée par notre pays comme la mesure de toute chose. Car, accompagnant le travail, elle est la condition sine qua non de la paix sociale, de l’harmonie nationale, de la solidarité et du développement . Et le juge de recommander d’adopter dans notre pays l’éthique comme règle de comportement car, prévient-il, s’il n’est pas trop tard, il faut cependant faire vite .

Un prix Kéba Mbaye pour l’éthique n’est que le prolongement logique d’une vie consacrée à la lutte contre toutes les formes de malversations. Son récipiendaire d’aujourd’hui est l’homme qui a ouvert pour son pays l’ère de la démocratie en 1992 puis celle du progrès économique et social depuis 2002. De sa demeure éternelle, le juge Mbaye se réjouit sans nul doute du choix porté sur Amadou Toumani Touré.

Avoir connu Kéba Mbaye est l’un des plus grands privilèges que la vie m’ait donnés. Les 220 pages que je lui ai consacrées dans l’ouvrage Parcours et combats d’un grand juge constituent l’œuvre intellectuelle dont je suis le plus fier.

Félicitation, monsieur le président de la République du Sénégal, pour cette distinction décernée à votre jeune frère, ami et homologue du Mali !

Je vous remercie.

 
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