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Discours de présentation du récipiendaire par Sidiki KABA, Membre du Conseil de la Fondation Kéba MBAYE pour l’Ethique et la Solidarité (Dakar, le 16 avril 2011)

   

Excellence Maître Abdoulaye WADE, Président de la République du Sénégal,

Excellence Monsieur Amadou Toumani TOURE, Président de la République du Mali,

Monsieur le Président du Sénat,

Monsieur le Président de l’Assemblée Nationale,

Monsieur le Premier Ministre,

Mesdames et Messieurs les ministres,

Monsieur le président de la fondation Kéba Mbaye,

Honorables invités,

Permettez que je confesse que c’est pour moi un insigne honneur et un grand plaisir que je ne chercherai point à dissimuler de prendre la parole devant vous, au nom de tous les membres et sympathisants de la Fondation Kéba M’BAYE - Ethique et Solidarité.

Nous sommes ensemble ce matin, dans cette auguste assemblée qui réunit la riche diversité de la société sénégalaise pour marquer, dans la ferveur des retrouvailles utiles, le temps du souvenir d’un illustre disparu, le juge Kéba M’BAYE et pour célébrer les actions exceptionnelles du lauréat du Prix de la Fondation qui porte son prestigieux nom.

Monsieur le Président Amadou Toumani TOURE, la Fondation Kéba M’BAYE est fière de vous accueillir à Dakar, au pays de la Téranga légendaire en présence de votre ami et frère, Son Excellence, le Président Abdoulaye WADE.

Le 26 Mars 2011 vous avez procédé avec gravité et humilité, au dépôt de gerbe de fleurs au Monument des martyrs à Bamako. Cette date, faut-il le rappeler, coïncide avec la commémoration du vingtième anniversaire de l’avènement le 26 mars 1991 de la démocratie malienne. Mais cette date symbolise également la rencontre de votre destin avec l’histoire du Mali.

Ce jour, vous avez décidé, en coordination avec les forces de progrès de votre pays et les Associations et Organisations du Mouvement Démocratique, de répondre à l’appel pressant d’un peuple en détresse. Ce jour, la Révolution Démocratique du Peuple malien a triomphé. Et vous avez été porté, dès le 29 mars 1991, à la Présidence du Comité de Transition pour le salut du Peuple.

Avec entrain et enthousiasme vous vous êtes attelé à la tâche pour réussir une transition exemplaire qui satisfasse les aspirations légitimes du peuple malien. Tour à tour, vous avez fait adopter une série de textes majeurs qui vont constituer l’architecture institutionnelle de la IIIème République :

- Une constitution qui garantit les libertés fondamentales et limite la durée du mandat présidentiel à deux.
- Une charte des partis qui consacre le multipartisme.
- Un Code électoral qui crée les conditions d’une élection transparente et crédible.
- Un Code de la Presse qui garantit l’exercice de la profession de journaliste et qui a permis l’éclosion d’une presse libre et privée avec plus d’une dizaine de radios, une quarantaine de journaux magazines.
- Un texte sur l’Etat de la Nation qui définit le rôle et la place des institutions publiques dans la vie de la Nation.
- Un Pacte Social qui améliore les conditions de travail et de vie des travailleurs.

Vous avez organisé, avec habilité et dextérité, une Conférence Nationale dans un délai record de 15 jours,. Vous avez libéré la Parole au grand bonheur des démocrates maliens qui en étaient longtemps privés.

Dans la foulée, vous avez fait adopter un calendrier et un échéancier électoral pour mettre en place les institutions. Avec méthode et rigueur, vous avez réussi l’organisation du Référendum constitutionnel le 14 janvier 1992, des Elections législatives le 23 février 1992 et le 8 mars 1992 pour les premier et second tours et enfin l’élection présidentielle le 12 et 26 avril 1992 pour le premier et second tour.

Quelle prouesse ! Vous venez de poser les jalons d’une démocratie multipartite qui va s’enraciner chaque jour davantage dans la terre fertile au dialogue du Mali. Vous avez également entrepris une réforme audacieuse de la justice pour en assurer l’indépendance et fait adopter un Statut de la magistrature qui garantit l’inamovibilité des magistrats du siège.

Vous avez, afin de consacrer l’inviolabilité des droits de la défense devant les cours et Tribunaux, supprimé les juridictions d’exception telle la Cour Spéciale de Sureté d’Etat qui inspirait une terreur bien justifiée aux justiciables maliens. Ces réformes du système judiciaire était d’une grande nécessité car vous avez la conviction partagée avec le juge Kéba M’BAYE que c’est l’Etat de droit qui garantit la Démocratie. Selon cet éminent juriste l’Etat de droit doit fonctionner sur les principes d’impartialité, d’égalité, d’équité, de présomption d’innocence et de non discrimination.

Vous vous étiez engagé de présider une Transition courte de quatorze mois. En homme d’honneur, vous avez respecté la parole donnée. A date échue, vous avez transmis au Président démocratiquement élu par le peuple malien tous les insignes du pouvoir. Cette belle élégance républicaine vous vaut l’admiration et le respect de vos concitoyens et de tous les démocrates qui y voient un signal d’espoir et d’envol de la démocratie naissante du continent.

A présent, vous avez tourné le dos au Palais présidentiel de Koulouba juché sur la colline du pouvoir face à la colline du savoir, siège de l’Université de Bamako. Une question taraude l’esprit du commun des mortels : y a-t-il une vie après le pouvoir ? Oui, répondez-vous sans ambages. Il suffit, pour bien la remplir de se rendre utile à son prochain et à la société. Dans cette optique vous avez choisi de vous consacrer à deux passions d’une grande noblesse :

-  La défense des droits de l’Enfant
-  La Médiation au service de la Paix.

Vous avez décidé dès 1993, de créer à Bamako une Fondation pour l’Enfance pour vous acquitter dites-vous d’une dette envers ceux que vous considérez comme vos compagnons. Vous êtes persuadé que l’enfant qui porte l’adulte de demain est un atout majeur pour la Nation. Il faut en faire un bon citoyen. Vous n’avez ménagé aucun effort pour que les plus démunis d’entre eux puissent aller à l’école, bénéficier d’une formation adéquate et disposer d’une bourse pour poursuivre des études supérieures qui leur permettent de réaliser leurs ambitions. Votre regard attentionné s’est porté particulièrement sur les enfants victimes de Conflits.

L’autre passion que nous connaissons de vous est la cause de la Paix. Vous savez la défendre avec une foi ferme et résolue parce que convaincu que sans la paix aucune des libertés et aucun des droits auxquels nous nous sommes tant attachés ne peut prospérer. Vous savez faire preuve d’une patience inégalée et d’une remarquable capacité d’écoute pour concilier les positions les plus irréductibles afin de réconcilier les frères ennemis.

Nous nous souvenons des propos que vous avez prononcés lors de la signature de l’accord de paix que vous aviez négocié avec la rébellion touarègue en1992. Je cite : Mon penchant professionnel m’aurait poussé à régler le problème militairement, mais cela ne pouvait apporter qu’une solution provisoire, j’ai donc accepté le dialogue .

Aveu de faiblesse ? Certainement pas. Mais plutôt l’expression de la force de caractère d’un soldat formé à l’art de la guerre dans les écoles militaires de renommée internationale. Jugez-en vous-mêmes. Elève officier à l’Ecole militaire interarmes de Kati au Mali de 1969 à 1972, vous avez tour à tour fréquenté : l’Ecole supérieure des transports aéroportés de Riaza en URSS de 1974 à 1975, le Centre national d’entrainement commando de Mont Louis en France en 1978, l’Ecole Supérieure de guerre interarmes à Paris de 1989 à 1994, le Cours supérieur interarmes à Paris en 1998.

Dans toutes ces Ecoles militaires, vous avez obtenu les meilleures appréciations de vos formateurs et instructeurs. Ce qui vous a valu à chaque retour de formation au Mali, à des promotions aux plus hauts grades et de nominations aux plus hautes fonctions du commandement militaire. Sous-lieutenant dès le 1er octobre 1972, vous êtes Général de Brigade le 08 juin 1992 et Général d’armée le 1er octobre 1996.

Tout vous prédisposait donc avec cette formation militaire rigoureuse et soutenue à privilégier le langage des armes sur toute autre option. Et pourtant vous avez choisi l’arme du dialogue et non l’arme de la force pour le règlement des conflits. Le dialogue n’est –il pas d’ailleurs l’arme des forts ? L’arme de ceux qui ont choisi d’être des faiseurs de paix plutôt que des seigneurs de guerre. Ce choix lucide d’adhésion aux valeurs de paix vous permettra de développer vos qualités de négociateur dans toutes les crises où il sera fait appel à vos services.

Les Chefs d’Etat de la région des Grands-Lacs, réunis en Sommet au Caire en novembre 1995 vous désigneront comme facilitateur dans le règlement des conflits qui déstructurent depuis des décennies leurs Etats avec un cortège de malheurs pour leurs peuples.

Le travail que vous avez accompli au Rwanda a produit un bon résultat. En reconnaissance de ce travail vous avez été désigné en 1999, comme membre du Groupe International d’Eminentes personnalités chargé d’enquêter sur le génocide de 1994 au Rwanda. Votre talent de négociateur va s’exercer dans plusieurs autres pays en crise comme la République Centrafricaine, la Guinée-Bissau, le Tchad, le Congo…

Messager de la Paix, vous parcourrez le continent africain de long en large pour vaincre les réticences des uns et convaincre les autres à choisir le camp de la paix. Toutes ces actions humanitaires seront récompensées par plusieurs distinctions et décorations qu’il serait fastidieux d’énumérer. Je vais néanmoins en citer quelques unes : Grand Officier de l’Ordre du Mérite centrafricain , Grand Officier de l’Ordre du Mérite du Tchad et Grand Croix de la Légion d’Honneur de France.

Monsieur le Président, votre marathon humanitaire tous azimuts pour la paix vous avait physiquement éloigné du Mali, mais il ne vous a pas, pour autant, éloigné du cœur de vos compatriotes. Vous voilà à nouveau rattrapé par votre destin.

Dans l’imaginaire collectif de ces derniers, vous êtes un homme d’Etat qui a fait preuve de sagesse et d’une pratique vertueuse du pouvoir pendant la Transition. Quoi donc de plus naturel, qu’ils vous sollicitent, dix ans après les deux mandats de votre successeur pour que vous soyiez leur candidat à l’élection présidentielle. Candidat indépendant, vous avez été démocratiquement élu Président de la République du Mali le 24 Mai 2002. Cinq ans plus tard, en 2007, vous avez été réélu en raison de votre bilan positif.

Avec confiance et espoir, vous avez, pour éviter un exercice solitaire du pouvoir, promu un leadership solidaire et collectif, l’objectif étant d’asseoir les bases d’une démocratie participative et responsable et d’une citoyenneté partagée. A cet effet, vous avez convié tous les acteurs politiques et de la société civile à une gestion consensuelle du pouvoir. Ce projet politique novateur incite les dirigeants à conférer, à quelque niveau de responsabilité où ils se situent, une finalité éthique à leur pratique du pouvoir afin de donner à la politique, sa noblesse et sa dignité d’antan.

Il y a, en effet, un lien indissoluble entre Pouvoir et éthique. Le Parrain de ce prix, le juge Kéba M’BAYE, ne dit pas autre chose lorsqu’il formulait ces propos, à l’occasion de la leçon inaugurale à l’université Cheikh Anta DIOP de Dakar, le 14 Décembre 2005 : je cite : le pouvoir est fait pour servir. Il est passager . Fin de citation. Le message est clair. Nul ne doit se servir du Pouvoir pour se servir en accaparant le bien public à son profit personnel. Votre attachement à une gestion rigoureuse et transparente des deniers de l’Etat vous a conduit à créer le Bureau du Vérificateur Général, organe indépendant et véritable gendarme des finances publiques.

Des témoignages concordants et élogieux provenant de nombreuses sources et même de vos pairs attestent que vous avez une relation sobre avec l’argent. En effet vous vous êtes toujours soucié du jugement de vos compatriotes et des autres. Ce comportement éthique est fortement conseillé par le juge Kéba M’BAYE qui disait, je cite Que ceux qui détiennent une parcelle de pouvoir et en abusent, ou qui se sont enrichis en foulant aux pieds les règles de l’éthique se le disent. Ils n’inspirent aucun respect aux autres. Or, le respect de ses concitoyens est le bien le plus précieux du monde . Fin de citation.

Monsieur le Président, votre parcours exemplaire a mis en exergue votre amour de la liberté, votre attachement à l’idéal de justice et votre quête obstinée de la paix. Le 26 Mars dernier, vous exhortiez encore vos compatriotes à la paix des cœurs et des esprits, à la réconciliation nationale et au pardon pour les souffrances que certains d’entre eux ont subi lors de l’avènement douloureux de la démocratie. Je vous cite : Ne restons pas contemplatifs devant l’histoire. Nous devons à présent nous tourner vers l’avenir pour renforcer l’unité nationale et sauvegarder les acquis démocratiques . Fin de citation.

Vous n’avez pas tort car c’est dans la concorde et la fraternité que nous pouvons espérer construire un futur qui offre à chaque citoyen la même égalité de chances dans la vie. Vous avez raison. Il nous appartient à tous d’être les gardiens vigilants de nos acquis démocratiques au risque de las perdre un beau jour. Les conquêtes démocratiques sont toujours marquées du sceau de la vulnérabilité, des avancées prodigieuses pouvant céder la place à des régressions spectaculaires.

Seule la pratique exigeante par chacun de nous, de la Vertu, selon le mot de Montesquieu et de l’Ethique si chère au juge Kéba M’BAYE, peut nous préserver du naufrage annonciateur de l’instabilité sociale et de la perte de nos libertés et droits.

Au demeurant, le bilan de votre action politique, humanitaire et éthique est élogieux au regard de vos états de services. La leçon qu’on en tire est riche d’enseignements. En effet, si vous êtes parvenu jusqu’ici à vous acquitter de vos responsabilités en tant que soldat, démocrate, diplomate et homme d’Etat, c’est parce que vous êtes resté toujours fidèle aux valeurs de dignité et d’intégrité de la civilisation millénaire de votre beau pays.

N’est-ce pas celles-ci qui ont structuré votre forte personnalité depuis votre tendre enfance à Mopti, votre douce ville natale, à Tombouctou la savante, à Sofara l’accueillante et à Bamako la capitale ouverte ?

En d’autres termes, si vous réussissez à dominer les contraintes de vos charges, c’est parce que tout simplement vous êtes porteur d’une éthique de conviction et d’une éthique de responsabilité.

La convergence de votre vision et de votre action avec les principes moraux et humanistes de la Fondation, justifie amplement l’attribution du premier Prix Kéba M’BAYE pour l’Ethique à votre Excellence, Monsieur le Président Amadou Toumani TOURE.

Ce lauréat n’est-il pas méritant ?

Je vous remercie de votre attention.

Maître Sidiki Kaba
Membre du Conseil de la Fondation Kéba M’BAYE
Président d’honneur de la Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme ( FIDH )
Président de Centre africain pour la prévention des conflits (CAPREC)

 
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