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Déclaration de Son Excellence Monsieur Amadou Toumani TOURE, Président de la République, Chef de l’Etat, sur la révision constitutionnelle à l’occasion de la cérémonie de présentation des voeux des diplomates musulmans le jour de l’Aïd El Fitr (Koulouba, le 30 août 2011)

   

Excellences Messieurs les ambassadeurs,

Dans quelques mois, notre pays connaîtra un tournant important avec la mise en œuvre de réformes institutionnelles. Je n’ai pas de crainte. Le peuple malien, dans sa sagesse, dans sa foi surtout, a toujours réussi à appréhender et à dépasser ce que certains peuvent considérer comme des écueils. Tout compte fait, il ne s’agit là que de la marche classique et normale d’un pays.

Excellences,

J’ai participé, en tant que président de la Conférence Nationale du Mali, à l’élaboration d’une Constitution pour notre pays. J’ai présidé cette conférence. Et c’est sur mes instructions que les amendements ont été pris, analysés, acceptés et retenus. C’est moi qui distribuais la parole. Après, nous sommes passés à un référendum au cours de laquelle cette constitution a été acceptée par notre pays. Cette constitution, c’est moi qui l’ai promulguée le 25 février 1992.

Je crois que ça été une chance d’y arriver. Ce n’est pas mon travail à moi. C’est un travail collectif, mais la responsabilité, ce jour-là, me revenait au regard des responsabilités importantes que le pays a bien voulu me confier.

Excellences,

Pendant quelques années, le Président KONARE, dans sa sagesse et à partir de l’expérience du vécu, a admis la nécessité de changer certains points pour mieux harmoniser les textes, par ce qu’un texte, notamment ce genre de texte, évolue.

Mais, le Président KONARE n’a pas eu le temps de le faire.

Excellences,

A l’entame de mon second mandat, j’ai pensé qu’il était important de revoir nos textes parce que, pour avoir participé à leur élaboration, j’ai constaté les mêmes faiblesses. Avec le temps, d’autres faiblesses et dysfonctionnements ont été mis à jour.

Excellences,

J’ai pensé qu’il était normal de revoir également la Constitution, le fondement de l’Etat, de l’adapter aux évolutions et de l’harmoniser avec nos engagements sous-régionaux et internationaux.

Un Etat, ce n’est pas seulement les ponts, les routes, les aéroports et les augmentations de salaires. Un Etat, c’est également un fondement. Le fondement premier d’un Etat, c’est sa Constitution.

Alors, j’ai mis à contribution des experts que j’ai choisis sans regarder au préalable d’où ils viennent. Le critère principal était le patriotisme et en second point leur compétence. Ils ont travaillé pendant trois ans. Et au bout de ces trois ans, après avoir entendu et écouté plusieurs acteurs, pesé et soupesé les matériaux et informations collectés, ils ont produit plus de deux cent (200) articles.

A partir de là, nous avons mis en place le Comité d’Appui aux Réformes Institutionnelles (CARI), qui est un comité restreint avec pour mission de tirer la substance de cet exercice.

Nous avons retenu à peu près une trentaine d’articles. Mais, il y a des articles que nous considérons comme cardinaux qui ne changent pas du tout. Il s’agit notamment de ceux relatifs à l’indépendance, la souveraineté du Mali, l’intégrité territoriale, le multipartisme, l’unité nationale, les deux mandats du Président de la République.

Par contre, il était bon d’opérer d’autres changements. Si nous prenons par exemple la directive de l’UEMOA, elle nous impose de créer une Cour des Comptes. Pour le moment, nous n’avons pas une Cour des Comptes, mais nous avons une Section des Comptes.

Autre exemple, à l’élaboration de la première Constitution, il y a un article qui précise qu’aucun article de cette Constitution ne peut être changé que par référendum.

C’est à la lumière de tout cela que j’ai proposé à notre pays la relecture, les réformes constitutionnelles que nous avons opérées afin d’effacer certaines divergences, corriger certaines imperfections, nous adapter à l’heure du temps et, surtout, mettre fin aux dysfonctionnements existant entre certaines institutions.

A la pratique, le Président KONARE et moi-même, nous nous sommes rendus compte qu’il y a eu quelques fois des générosités révolutionnaires autour de la première Constitution. Elles étaient tout à fait valables. Mais, aujourd’hui, nous faisons face à une autre réalité ainsi que des faits nouveaux qui nous dictent nos conduites.

C’est pour toutes ces raisons que j’ai proposé à l’Assemblée Nationale du Mali le projet d’une nouvelle Constitution pour notre pays.

Excellences,

Je ne suis pas candidat à la prochaine élection présidentielle, et je peux le clamer avec force. A titre personnel, cette nouvelle Constitution ne me rapporte absolument rien. En revanche, cette Constitution va rapporter beaucoup de choses à mes enfants, à petits enfants et à la génération du Mali de demain.

Aussi, je pense qu’il était tout à fait normal, qu’au delà des ponts et routes, que je puisse apporter une nouvelle pierre à la consolidation de ce qui constitue le sous -bassement même de notre démocratie. Telles sont mes motivations !

Je ne rentrerai pas dans les détails, mais il faut savoir que les choses évoluent vite. Nous sommes partis de la Constitution de 1992 et, si les maliens l’acceptent, nous allons avoir une nouvelle Constitution en 2012. C’est une amélioration continue, un processus dynamique. Chaque fois que nous nous rendrons compte que des dispositions ne conviennent plus ou sont dépassées, nous les changerons pour nous adapter à la nouvelle situation.

Excellences,

Dans ce processus, j’avais plusieurs choix. Le plus simple était d’interroger directement les Maliens par voie référendaire. J’en avais la possibilité, et c’est même une prérogative constitutionnelle. Mais je n’ai pas voulu choisir cette voie qui est un raccourci. J’ai préféré prendre la voie la plus difficile qui est, pour un commando comme moi, la piste du risque et des obstacles.

Pour y aboutir, j’ai privilégié les débats, d’abord au plan classique qui est la procédure parlementaire. De mémoire de Maliens, jamais une loi n’a reçu autant d’approbations de la part des représentants de la Nation pour son adoption.

Evidemment, il faut le comprendre, il y a des préoccupations qui n’ont pas été prises en compte, comme il y a des intérêts particuliers qui ont été touchés. Cela, on n’y peut rien. Mais si nous nous entendons sur l’essentiel, nous pouvons nous comprendre et améliorer notre pratique.

Excellences,

La décision que j’ai prise est d’aider mon pays. Dans ma position d’indépendant, j’ai réussi à réunir autour de moi les partis politiques aussi bien de l’opposition que ceux de la majorité pour une gestion consensuelle du pouvoir. En fin du 2ème mandat, n’étant pas candidat pour un troisième mandat, je me sens suffisamment impartial pour aboutir une telle révision constitutionnelle. Telles sont mes motivations !

Excellences,

L’établissement de listes électorales fiables est le gage de la réussite de toutes élections. En Afrique, les mauvaises élections sont lourdes de conséquences et constituent aujourd’hui le premier facteur de conflits.

Il y a certains qui ne perdent pas et d’autres qui gagnent à tous les coups. En tous les cas, ma conviction est que ceux qui doivent être investis demain dans les responsabilités qu’ils ont eux-mêmes choisies, puissent être bien élus.

En conséquence, durant le dernier trimestre de cette année, tous nos efforts, toutes nos compétences et nos moyens seront dédiés à l’élaboration d’une liste électorale consensuelle.

Par expérience, il n’y a pas de bonne liste. Celle que vous trouvez bonne peut être jugée mauvaise par quelqu’un d’autre. Mais ce qui importe, c’est la liste consensuelle, la liste pour laquelle tout le monde est d’accord.

Excellences,

Je me rappelle que, pour les premières élections de 1992, nos listes étaient manuscrites ; nous les avons extraites de cahiers eux-mêmes récupérés dans les différentes mairies qui, pour l’essentiel, avaient brûlé. Par rapport aux premiers scrutins de l’ère démocratique, nous avons beaucoup évolué et nous poursuivons notre marche.

L’idéal, c’était le Recensement Administratif à Vocation d’Etat Civil (RAVEC). C’est pour cette raison que nous avons mis tant d’argent dans cette opération. Mais les contraintes du temps étant ce qu’elles sont, nous avons réalisé qu’il était humainement impossible d’aboutir le RAVEC. D’où notre souhait de privilégier le RACE, tout en l’améliorant.

Quoiqu’il en soit, même si on avait fini le RAVEC, on aurait retenu le RACE. Cette nouvelle Constitution, même si elle est acceptée, elle ne va pas gérer les élections actuelles. Je voudrais donner l’assurance aux Maliens que le pays sera géré jusqu’au 08 juin 2012 par la Constitution actuelle.

Si la Constitution proposée est acceptée, je la remettrai au nouveau Président de la République élu.

Excellences,

Vous avez été témoin de tout ce débat. Nous avons une chance que nous devons saisir. Le Président sortant n’est pas candidat. Tant mieux. Donc, il faut que tout le monde l’aide pour réussir nos élections et bâtir pour le Mali des institutions crédibles. Ni le Président de la République, ni les autres institutions de la République, ni les partis politiques seuls ne peuvent réussir un tel challenge. C’est l’effort de l’ensemble du peuple malien, de nos compétences, de nos partenaires… qui peut atteindre ce résultat.

C’est ainsi seulement que nous pouvons aboutir au 08 juin 2012, à savoir l’investiture du nouveau Président de la République élu. Je souhaite de tout mon cœur qu’il en soit ainsi. Je n’ai aucune ambition. Je ne fais aucun calcul. Je n’ai aucun agenda que de finir et de partir pour une retraite paisible et n’avoir rien à me reprocher vis-à-vis de mon pays. Ce n’est que la seule ambition qui m’anime ce jour béni.

J’ai profité de l’occasion de l’Aïd El Fitr pour partager ces quelques réflexions avec vous, et vous dire aussi que j’attends beaucoup de vos conseils, de vos remarques et suggestions pour que le 08 juin 2012, un Président de la République élu et accepté de tous, soit investi dans ses nouvelles fonctions.

Encore une fois, je voudrais rappeler qu’aucun parti seul, qu’aucun homme seul, qu’aucune région seule, qu’aucune communauté seule ne peut gérer ce pays. Il faut une gestion consensuelle et partagée.

Excellences,

Je n’ai aucune autre motivation. Si c’est ma part de gloire, je l’ai déjà eue parce que la constitution en vigueur, c’est moi qui l’ai promulguée le 25 février 1992. Je pouvais m’en contenter, mais j’ai pensé que cela aurait été trop facile. Et, je souhaite que Dieu m’aide dans cette voie.

Excellences, Ma bonne foi ne saurait être en aucune manière être mise en cause. Je serai toujours à votre écoute pour les suggestions et conseils que vous voudriez bien me donner.

Je vous remercie.

 
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