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Forum Solidarité pour l’Eau dans les Pays du Basin du Fleuve Niger : Discours de Son Excellence Monsieur Amadou Toumani TOURE (Bamako, le 17 Octobre 2011)

   

Excellences Messieurs les Chefs d’Etat et de Gouvernement des Etats membres de l’Autorité du Bassin du Niger ;

Madame le Premier Ministre, Chef de Gouvernement ;

Monsieur le Président du Conseil des Ministres de l’ABN ;

Mesdames, Messieurs les Ministres ;

Monsieur le Ministre de la Coopération de la République Française ;

Messieurs les Présidents des Institutions de la République ;

Mesdames, Messieurs les Chefs de Délégations ;

Monsieur le Président du Conseil Mondial de l’Eau ;

Madame le Directeur Général de la Fondation CHIRAC ;

Excellence Monsieur le Doyen du Corps Diplomatique ;

Excellences Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs ;

Mesdames, Messieurs les Représentants des Organisations Internationales ;

Messieurs les Secrétaires Exécutifs de l’ABN, de l’AMCOW ;

Monsieur le Haut Commissaire de l’OMVS ;

Distingués Invités ;

Mesdames, Messieurs,

Le Mali se réjouit d’abriter ce Forum « Solidarité pour l’eau dans les pays du bassin du fleuve Niger » et adresse ses vifs et sincères remerciements aux frères Chefs d’Etat qui nous font l’honneur de participer à cette importante manifestation.

J’exprime à la Fondation CHIRAC toute notre reconnaissance pour le choix porté sur Bamako, pour accueillir cette rencontre qui marque une étape décisive dans la préparation du 6ème Forum Mondial de l’Eau, prévu à Marseille en mars 2012.

C’est aussi le lieu de renouveler notre amitié au Président Jacques CHIRAC qui prolonge, à travers la Fondation, son engagement pour les grandes causes que sont : la prévention des conflits, l’accès à l’eau et à l’assainissement, aux médicaments et à une santé de qualité, la diversité culturelle et linguistique entre autres...

S’agissant du thème qui nous réunit, le Président CHIRAC soulignait en novembre 2010, l’urgence d’une action concertée en ces termes, je cite : « Tout indique que la question de l’eau dans le monde va s’aggraver. Ce n’est pas tellement la ressource qui manque. C’est la demande qui va augmenter constamment au cours de ce siècle… D’ici 2050, la population mondiale va progresser de 50% et la demande d’eau bien plus encore, pour nourrir ces trois milliards d’êtres humains supplémentaires. Les aléas climatiques ne vont pas faciliter les choses en désorganisant les productions agricoles. Au 21ème siècle, les conflits d’usage autour des ressources naturelles vont donc se multiplier… » . Fin de citation.

La physicienne et écologiste indienne, Vandana SHIVA renchérit dans son ouvrage intitulé la Guerre de l’Eau, je cite : « la crise de l’eau est l’aspect le plus grave, le plus général et le plus invisible de la dévastation écologique de la planète.

En 1998, 28 pays souffraient de stress ou de pénurie hydrique. On prévoit qu’ils seront 56 d’ici 2025. Entre 1990 et 2025, le nombre de personnes qui vivent dans les pays dont les réserves d’eau sont insuffisantes passera de 131 millions 817 millions… » . Fin de citation.

Excellences, Messieurs les Chefs d’Etat,

Mesdames, Messieurs,

Nous sommes donc au cœur d’un sujet qui a une résonance particulière pour chacun de nous et dont les enjeux n’échappent à personne.

- Enjeux écologiques et sanitaires articulés autour de la qualité de la ressource,
- Enjeux économiques, l’eau est un facteur essentiel de production et un vecteur d’échanges en tant que voie de communication,
- mais aussi enjeux sociaux et politiques liés à la gestion de l’eau, notamment celle des bassins transfrontaliers.

Le Bassin du Fleuve Niger condense toutes ces problématiques et l’expérience des pays riverains peut avantageusement enrichir les débats du prochain Forum Mondial de l’Eau.

Permettez, Mesdames, Messieurs, que je vous parle de ce fleuve avec les mots du cœur, sous la forme d’un témoignage.

Ce témoignage, j’aurais pu, sans aucune prétention, l’intituler : le Fleuve Niger et moi. En Vous parlant de moi, je vous parle de tous les enfants nés sur les bords de ce grand cours d’eau. Comme eux, je suis né au bord de ce fleuve.

Une des Îles du fleuve Niger abrite le cimetière où reposent mes grands parents et mon père. C’est là, que je me suis éveillé à la vie et aux joies de l’adolescence, en apprenant à nager, à pêcher, à chasser à récolter le riz, à naviguer à bord d’une pirogue. Ma ville natale, Mopti, communément appelée la « Venise du Mali » , existe par ce fleuve.

Je sais que des enfants d’autres contrées riveraines ne manquent pas, eux aussi, d’anecdotes sur leur vécu en relation avec le « Djoliba » , « la veine de sang » , nom du Niger en Malinké.

Au Nord du Mali, on nomme le même cours d’eau « Issa Ber » , signifiant le Grand Fleuve, et qui donne naissance à un chapelet de lacs : Lac Debo, Lac Faguibine, Lac Oro, etc…

Un fleuve si grand qu’il a été le lit de tous nos Grands Empires : l’Empire du Ghana, l’Empire du Mali, l’Empire Songhoi, le Royaume Bambara de Ségou, l’Empire Peulh du Macina.

A cette liste, on peut ajouter les villes de Gao, de Tombouctou la Mystérieuse, de Niamey… sur les berges du Fleuve Niger.

Mesdames, Messieurs,

Hier, le Fleuve Niger a été un des éléments déterminants du rayonnement du Mali dans l’Histoire africaine ; aujourd’hui, il est au cœur de nos ambitions de développement.

Troisième grand cours d’eau d’Afrique après le Nil et le Congo, le Fleuve Niger traverse le Mali sur 1780 kms, soit 42% de sa longueur totale.

Son Bassin versant actif couvre une superficie de 1.500.000 km2, dont environ 22 % au Mali, soit 330.000 km2.

Est-il, dès lors, besoin de rappeler l’importance capitale que revêt ce fleuve pour les populations riveraines et l’économie du Mali ?

Il est le creuset de multiples activités socio-économiques, qui sont pour la plupart liées à la disponibilité et à l’état des ressources naturelles (eau, sol, faune et flore). Ce Fleuve est le trait d’union qui relie sept de nos régions administratives.

Il conditionne la vie de plusieurs millions de nos populations, en tant que source d’alimentation en eau potable et source principale pour l’agriculture, l’élevage et la pêche.

Le Bassin recèle aussi un important potentiel hydroélectrique, à savoir : Selingué, Taoussa, Kandadji au Niger, Kainji et Jebba au Nigeria.

Pour tout dire, le Bassin du Niger représente l’épine dorsale de la sous-rgion, tant par la diversité des activités socio-économiques qui s’y développent, que par leur poids dans nos économies.

Vous comprenez, dès lors, que l’aménagement du bassin et en particulier celui de son cours principal, a toujours été au centre des préoccupations des autorités du Soudan Français et du Mali.

Excellences Messieurs les Chefs d’Etat et de Gouvernement,

Cet effort national a trouvé son prolongement dans la coopération entre nos Etats, depuis leur accession à l’indépendance.

La mise en place de l’Autorité du Bassin du Niger en 1987 à N’Djamena, au Tchad, nous a permis de nous doter d’un cadre en vue de promouvoir une vision partagée de la gestion du fleuve.

Nous avons plus que jamais besoin de cette solidarité pour conjurer le péril écologique qui guette le Fleuve Niger.

Le Bassin, dans sa partie malienne connaît deux formes de dégradation, toutes liées au processus d’érosion, dont les origines sont climatiques et anthropiques.

Le Haut Niger qui s’étend de la frontière guinéenne à Ké-Macina, à l’entrée du lac Debo au Mali, est soumis essentiellement à l’érosion hydrique et aux végétaux flottants nuisibles.

Le Niger Moyen, incluant le Delta Intérieur et la zone lacustre, est concerné, à la fois, par l’érosion hydrique et l’érosion éolienne.

Cette partie se situe dans la Zone Sahélienne et Sahélo Saharienne et est caractérisée par son tracé à travers les dunes de sable, qui surplombent le fleuve de part et d’autre.

D’une manière générale, la dégradation des ressources naturelles, l’aridité du climat, la faiblesse des crues et la remise en mouvement des anciennes dunes, ont entraîné une diminution significatives des surfaces inondées et des surfaces cultivables.

Il en résulte :

- la destruction des pâturages ;
- la perte des terres agricoles ;
- la réduction des zones halieutiques ;
- l’ensablement des chenaux d’alimentation des lacs et mares, des villages et hameaux, des villes ainsi que des voies de communication fluviale.

Mesdames, Messieurs,

J’ai évoqué plus haut la place que le Fleuve Niger a occupée dans ma vie personnelle. Je voudrais donc illustrer le tableau ci-dessus par ce témoignage qui est le fruit de mon observation du fleuve sur un demi-siècle.

Mopti, où je suis né, est située dans le Delta Central, au confluent de deux fleuves (le Niger et le Bani). J’avais 5 Ans, quand j’ai entendu nos grands-mères nous mettre en garde contre toute baignade dans cette partie du fleuve (la plus profonde et la plus agitée). Pour nous effrayer, elles disaient que c’est à ce point précis du fleuve que se trouvait une Cité aquatique habitée par les génies de l’Eau. Il s’est en effet produit tellement de drames à cet endroit que même les plus audacieux d’entre nous n’osaient s’y aventurer (que d’Eau ! toujours de l’Eau !). Cinquante ans après, je retourne en vacances au village à Mopti. Je longe les berges au lieu où était supposée se trouver la Cité des Génies de l’Eau et quel spectacle je vois ? Des enfants de moins de 10 ans livrer un match de football sur un ban de sable fin au beau milieu du fleuve. Mais où se trouve la Cité des Génies ? Où est passée toute l’eau ?

J’en conclus que les changements climatiques ne nous prennent pas seulement nos terres de culture, nos pâturages, nos fleuves ; ils nous dépossèdent également de nos mythes !

Excellences, Messieurs les Chefs d’Etat,

Mesdames, Messieurs,

Le Forum de Bamako offre une grande opportunité aux pays du Bassin du Fleuve Niger et à leurs partenaires de se concerter et d’examiner de manière exhaustive les questions cruciales qui se posent en matière de ressources en eau et de proposer des idées novatrices pour des actions dans le futur.

Ainsi, nous serons à même de promouvoir une gestion de l’eau écologiquement durable, économiquement efficace et socialement équitable.

Le Forum permettra d’aborder des thèmes essentiels de l’accès à l’eau et proposera un espace de débat, de dialogue et de partage des connaissances pour une participation plus active des pays du Bassin du Niger au Forum Mondial de l’Eau à Marseille.

Je tiens à renouveler, en votre nom à tous, nos sincères remerciements et notre profonde gratitude à la Fondation CHIRAC et à tous les partenaires au développement qui nous ont toujours accompagnés dans la mise en valeur et la gestion de nos ressources en eau.

En souhaitant plein succès aux travaux, je déclare ouvert « le Forum sur la Solidarité pour l’Eau dans les Pays du Bassin du Niger. »

Je vous remercie de votre aimable attention !

 
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