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Discours de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Roi du Maroc, au 23ème Sommet des Chefs d’Etat d’Afrique et de France (Bamako, 03 déc 2005)

   

Permettez-moi tout d’abord d’exprimer mes remerciements fraternels à Son Excellence Monsieur Amadou Toumani Touré, Président de la République du Mali, hôte de cet éminent rendez-vous entre les pays d’Afrique et la France, ainsi qu’au peuple malien frère auquel nous rattachent de profonds liens historiques, culturels et religieux.

Le Mali, terre de rencontres entre le nord et le sud du Sahara, carrefour séculaire d’échanges et de savoir, dépositaire des trésors littéraires de Gao et de Tombouctou, nous offre aujourd’hui un cadre inspirateur de réflexion sur les grands défis auxquels nous devons faire face et sur les moyens à mettre en œuvre, ensemble, pour les relever.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

Nous avons un attachement particulier pour ces Sommets, réunissant la famille africaine et la France. Ils constituent une expression de la fraternité et de la solidarité existant entre nos pays, mais également une réponse à l’impératif de concertation dans un contexte international, souvent troublé et en constante mutation. Plus que jamais, l’Afrique et la France doivent unir leurs efforts, mutualiser leurs moyens et faire preuve de davantage d’imagination face aux enjeux vitaux que sont les nécessaires réformes politiques, le progrès économique, social et humain du continent, ainsi que le règlement des multiples conflits qui continuent d’y sévir.

Pour relever de tels défis, la jeunesse représente une source d’espoir, un vivier de ressources et de compétences, mais aussi un levier pour une croissance socio-économique durable et partagée. Aussi, en choisissant de placer notre Sommet sous le thème " la jeunesse africaine : sa vitalité, sa créativité et ses aspirations ", exprimons-nous notre profonde foi en l’avenir de l’Afrique, dont la jeunesse, force vive qui représente la majorité de sa population, est au centre de toute stratégie de développement, qu’elle soit nationale, régionale ou continentale.

Une jeunesse qui, outre l’évidence qu’elle sera et fera notre avenir, est, pour nous africains, déjà et largement notre présent. C’est une chance, assurément, un potentiel, certainement, mais une fragilité également, si l’on ne prend garde aux exigences vitales de justesse et d’efficacité des choix et des politiques en la matière.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

Au lendemain des indépendances, le rêve d’une Afrique prospère et dynamique n’était pas seulement un idéal. Il était aussi et surtout le couronnement d’un long processus d’émancipation qui a mobilisé toutes les forces sociales du continent et tout d’abord sa jeunesse. Toutefois, plus d’un demi siècle après, et bien que des progrès tangibles aient été accomplis, les réalisations enregistrées restent en deçà des objectifs tracés, s’agissant notamment de l’éducation, de la formation, de l’emploi ou de la santé des jeunes africains.

il est vrai que des facteurs endogènes et exogènes sont à l’origine de multiples déséquilibres et fléaux, tels que les famines, les pandémies, les guerres civiles ou conflits armés. La négligence, la mise à l’écart et l’absence d’intégration de la jeunesse dans le développement y a concouru à certains égards. Aujourd’hui, il convient de se rendre à l’évidence que sans une prise de conscience très forte que l’investissement dans la jeunesse est un des gages du développement de notre continent, tous nos efforts pour ancrer l’Afrique dans le cercle vertueux du progrès seraient vains et contreproductifs.

L’épanouissement de notre jeunesse requiert en effet une mobilisation et une rationalisation des énergies pour une amélioration concrète de ses conditions socio-économiques. C’est la responsabilité première des Etats qui doivent s’employer à mettre en place les structures de santé, d’éducation et de formation à même de réduire le sentiment de vulnérabilité, le chômage et les risques sanitaires auxquels est exposée la jeunesse africaine. Il s’agit d’éduquer et de former, de protéger et d’accompagner, d’écouter et de responsabiliser, enfin, pour donner cOnfiance. La tâche est immense mais accessible.

Si en la matière, le rôle et la détermination de l’Etat sont primordiaux, l’action de tous les autres acteurs de la vie politique, économique et sociale est nécessaire pour une intégration effective de la jeunesse dans le processus de développement.

C’est également, dans le cas de l’Afrique plus qu’ailleurs, l’affaire"de la communauté internationale. Notre continent a en effet besoin d’une aide réelle, d’un appui significatif pour réduire les écarts de développement, favorisant ainsi l’établissement de rapports équitables entre le Nord et le Sud.

Excellences, Mesdames et Messieurs,

A défaut de mettre en place des mécanismes particulièrement attentifs aux besoins des jeunes et répondant à leurs aspirations, l’Afrique continuera d’assister, impuissante, au gâchis de la fuite des cerveaux. Tout comme les pressions migratoires, déjà croissantes, pourraient s’aggraver et les tensions et drames tels que ceux vécus, récemment, au nord du Maroc se reproduire ici ou là.

Par vagues successives, des milliers de jeunes africains prennent le chemin de l’Europe, qui les attire à plus d’un titre, menés par des réseaux faisant commerce du désespoir suscité par la misère, les conflits ou encore les pandémies. Le Maroc, du fait de sa situation géographique, est sans doute, de tous les pays africains frères, celui qui souffre le plus des effets de l’émigration illégale. Devenu pays de transit vers le pôle d’attraction que constitue le Vieux continent, le Royaume déploie, d’importants et coûteux efforts pour le contrôle des flux de plus en plus grandissants de migrants illégaux.

Les proportions prises, aujourd’hui, par ce phénomène, assurément transnational, dans le contexte d’une Europe qui se ferme, chaque jour davantage, exigent de l’ensemble des Etats concernés par les flux migratoires - qu’ils soient émetteurs, de transit ou de destination finale - la mise en œuvre de solutions communes et concrètes.

Monsieur le Président Jacques Chirac a fort justement mis l’accent sur la responsabilité partagée par tous dans ce domaine et la nécessité d’élaborer une approche concertée et solidaire de cette question.

C’est dans cette perspective que s’inscrit l’initiative avancée par le Maroc et l’Espagne, avec l’appui de la France, de convoquer une réunion ministérielle euro-africaine dans le but d’examiner toutes les questions que pose l’émigration, d’arrêter, ensemble, les remèdes immédiats à lui apporter et, au-delà, engager des actions de co-développement, consolidées par des financements innovants stables et réguliers.

Nous nous félicitons à cet égard, que l’Union Européenne partage, dorénavant, notre conviction que le traitement de la problématique migratoire nécessite un cadre global et multidimensionnel qui ne se réduit pas seulement à l’aspect sécuritaire, mais intègre également et surtout nos préoccupations communes en termes de développement économique et de progrès social.

Ainsi, pourrions-nous assurer une meilleure insertion de la jeunesse dans la dynamique de développement de nos pays, favoriser sa plus large contribution à la création de richesses nationales et, enfin, encourager sa pleine participation dans les processus politique et décisionnel. Dès lors, la jeunesse, loin de représenter un fardeau, constituera un formidable atout au service de la promotion de l’Afrique.

Je vous remercie pour votre attention

 
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